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La Course, pour moi, c’est…

 

 

« La Course, pour moi, c’est : une émission de télé… La Course, pour moi, c’est : une marche… La Course, pour moi, c’est : de la sauce à spaghAt. »

                                                                                              – Un grand sage muselé

L’heure est vraisemblablement au bilan… L’on a reproché avec raison à ma production coursienne d’être décousue et de s’en aller dans tous les sens. Mea culpa par avance, le dernier texte de mon blog risque d’être dans le même esprit. La digestion prend un temps que la Course n’a pas le temps d’attendre…

L’émission de télé

Les créations de Marvel ne sont pas exactement reconnues pour leur profondeur ou la pertinence de leur analyse de l’esprit humain. Malgré cela, je me plais, de temps en temps, à faire référence au « complexe de Spiderman ». Ça n’a rien de bien crédible comme appellation, mais ça illustre passablement bien mon malaise.

Le complexe de Spiderman : à grand pouvoir correspond grande responsabilité.

Ne charrions pas ici sur la portée du pouvoir médiatique attribué à un participant de la Course… Quoi qu’il en soit, j’ai 24 ans. Je ne sais pas grand-chose. Je n’ai pas fini mon BAC. Je n’ai pas accompli grand-chose mais depuis quelque temps, j’ai une tribune… Ça a quelque chose de pas très naturel. Qui plus est et quelles qu’en soient les raisons, à mon grand regret, je n’ai pas su être à la hauteur de cette tribune-là. Bah, un trois minutes et demie de mauvaise télé (10 min 30 au total), ça n’empêchera personne de dormir… Sauf moi. Si j’ai eu le temps d’apercevoir quelque chose dans le décor qui défilait à toute vitesse durant ma course, c’est qu’il y a franchement plus triste. Ne versons pas inutilement de larmes sur le sort des exclus de l’aventure.

Il n’y aura pas ici de pointe cinglante, de montée de lait ou de règlement de comptes. Spiderman n’approuverait pas pareille démarche. Je crois que ce n’est plus un secret;  Axel et moi n’avons pas réussi à trouver un filon créatif qui nous unisse. Nous ne sommes pas parvenus à créer quelque chose qui nous aurait rendu fiers tous les deux, qui nous aurait ressemblé. Est-ce que j’aurais fait mieux dans une autre équipe? je l’espère, mais on ne le saura jamais. La Course est dans l’air du temps, elle passe au suivant, évince sans quartier ceux qui trainent de la patte… La Course, je m’y suis sentie mise en boîte, d’autres auraient jubilé devant pareille tribune et pareille liberté. C’est peut-être la formule, c’est peut-être juste moi qui n’étais pas bien castée pour la formule. My bad, je ne suis pas un bon candidat, pas un bon personnage de téléréalité. Quoi qu’il en soit, la Course, pour moi, c’est ça et ça ne sera pas autre chose parce que la Course s’est terminée là.

La marche

Je ne sais pas pourquoi cette envie, ce besoin de création. J’ai 24 ans. Je ne sais pas grand-chose. Je n’ai pas fini mon BAC. Je n’ai pas accompli grand-chose… Mais des fois, je me sens portée par un besoin de dire. Un besoin de raconter. Je ne veux pas être un contenant! La Course aux histoires, je ne la ferai plus. Vouloir presser la production d’un message sans avoir encore ressenti l’urgence de dire quelque chose, c’est pour moi (n.b. j’ai dit pour moi) une erreur que je tenterai de ne plus commettre. C’est en marchant que je veux parcourir le monde, que je veux le raconter.

J’ai 24 ans blablabla… j’aurai besoin de manger, de gagner ma vie. La Course, je la referai peut-être… Mais l’intention est belle et sincère. Si l’enfer est pavé de ces intentions-là, faites qu’elles pèsent un peu dans la balance au purgatoire.

Le spaghAt

Cette histoire ne m’appartient pas. Racontons-la à mi-mot… La légende veut qu’au tournage d’une promotion de la Course, on ait demandé aux concurrents de compléter l’affirmation suivante : « La Course, pour moi, c’est… ».  On raconte que quelqu’un à qui la formule ne disait rien aurait répondu coup sur coup : « La Course, pour moi, c’est : une émission de télé… La Course, pour moi, c’est : une marche… La Course, pour moi, c’est : de la sauce à spaghAt. »* Ne trouvant pas que ces affirmations, une fois mises en ondes, auraient servi ni les intérêts des participants, ni ceux de la Course elle-même, on aurait alors encouragé le dit participant à trouver autre chose.

L’absurde et l’autodérision des formules initiales m’ont toujours plu. Et la Course, pour moi, c’est ça! Ce sont des gens qui sortent de la forme prescrite, des créatifs irrévérencieux, des talents qui ne se prennent encore pas trop au sérieux. La Course, ce sont des gens qui sont plus que des candidats. C’est un fou rire entre les prises, une attitude douteuse dans l’avion, un pari pris sur des mots à glisser en ondes, un délire international. La Course, ce sont des gens que j’apprenais (et que j’apprendrai, il n’y a personne de mort quand même) à connaître et à apprécier. Je suis un être un peu sauvage. J’ai de la difficulté avec les déclarations mais je me dois ici de sortir le grand A. La Course, ce sont des gens que j’aime. Et que j’ai très égoïstement hâte de voir revenir (j’ai jamais dit que j’étais une bonne personne).

Le mot de la fin, le retour (il est grand temps)

À ceux qui me diront que j’ai quand même eu de la chance de vivre cette belle expérience :

Je vous sévirai peut-être un poli c’est vrai. J’apprendrai peut-être à voir que vous avez raison. Mais ne m’en veuillez pas de cet air peu convaincu que j’aurai. Ne sortons pas les violons, mais la Course m’a fait mal. Il n’est pas clair que dans mon cas, la Course ait été « une belle expérience ». Je ne veux pas être une sale ingrate, mais à priori, elle ne l’a pas été. Rangeons les violons je dis, mais laissez-moi panser mes plaies avant de chanter la gloire de cette sacro-sainte chance que j’ai eue.

Parce qu’on ne passera pas sous silence la dynamique avec Axel et qu’il y a autre chose que la mésentente :

« Si Axel et moi, on reste dans la Course, on refuse de changer d’équipe, on veut rester ensemble! » Regard hébété de la production à qui je venais de servir cette déclaration en remettant notre dernier film… un silence d’incompréhension brisé par Axel et moi qui éclatons de rire… puis, éclat de rire généralisé.

Je crois que dans ce cas, on peut dire jamais; Axel et moi, on ne retravaillera plus jamais ensemble. Ce serait probablement un euphémisme de dire qu’on est dû pour des vacances loin l’un de l’autre. Mais je voudrais juste finir en disant que je ne déteste pas Axel. Et que si je suis passablement affectée du fait que cette expérience de « travail d’équipe » n’ait pas été très positive, je trouve déplorable autant pour lui que pour moi qu’ensemble, on n’ait pas réussi à faire quelque chose qui ait été un peu à notre image. Axel aurait mérité de faire un film qui lui plaise et qui lui ressemble. Ni lui ni moi sommes parvenus à transmettre notre vision. C’est notre défaite à tous les deux… Notre Course, c’est ça et ça ne sera pas autre chose parce que la Course s’est arrêtée là. De nos lourdes épopées, essayons de privilégier les souvenirs d’esprit de famille polynésiens, de paradis perdu parcouru à dos de scooter, de délires de sakés et de rencontres japonaises fortuites, de réparation héroïque de touk-touk et de stratagèmes-peu-esthétiques-de-défense-contre-les-eaux-cambodgiennes. Laissons le temps à la poussière de retomber.

Et au plaisir de prendre une bière avec le Peter-Pan/Aventurier-homme-des-bois/beat-box-humain/magicien-des-rencontres-et-des-amitiés-instantanées. Peace man.

*n.b. dans l’histoire originale, je crois que le participant aurait dit : « « La Course, pour moi, c’est une course… La Course, pour moi, c’est : une marche… La Course, pour moi, c’est : une émission de télé… La Course, pour moi, c’est : de la sauce à spaghAt. » (dans l’ordre ou dans le désordre). Ma mémoire étant une faculté qui oubli et qui n’est plus certaine de la déclaration originale et question de ne pas alourdir un texte déjà trop lourd, j’ai fait fi de ce détail. S’il y avait eu une section « La course » dans mon texte, les réflexions qui y aurait été associées auraient été du même ordre que celles exprimées dans mon texte sur le Japon. Le participant un peu mal cité saura, j’en suis certaine, me pardonner mon manque de rigueur ou de mémoire.

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À cheval donné

 

 

Troisième pays de la Course. Troisième ligne de départ. C’est encore le début de la Course mais certains ont déjà le souffle court et inutile de le rappeler, tous n’atteindront pas la ligne d’arrivée. Si j’étais un cheval, à ce stade-ci, seuls les joueurs compulsifs et les simples d’esprit miseraient sur moi. Il y a quelque chose d’assez paradoxal à être l’under dog. J’ai tantôt le pas lourd du condamné, tantôt le pas léger de celui qui n’a rien à perdre.

Cambodge… À ce moment-ci, ça ne veut pas dire grand-chose. Partie trotter dans un nouveau décor. Les hippodromes se succèdent… Allez demander aux chevaux si la « mécanique-coursienne » s’en trouve réellement changée.

Je ne sais pas si c’est la nostalgie de la picouille qui sent que la retraite prématurée n’est pas trop loin, mais la jument que je suis se refuse à piétiner dans son box et choisit maintenant de voler du temps et d’aller trotter pour le plaisir. Comme les jockeys se font de plus en plus stricts, pour voler du temps à la Course, il faut couper dans le superflu. Je le dis depuis longtemps, les besoins essentiels ne sont qu’une vue de l’esprit… C’est bien connu, les chevaux dorment debout, il n’y avait qu’un pas à franchir pour que les chevaux continuent à trotter durant la nuit.

Mon Cambodge ne dort pas. Mon Cambodge nocturne, c’est mon ventre en étau depuis le Japon (parce que de visiter réellement le Japon m’a fait considérer autrement l’œuvre de Notomb et trouver un nouveau sens à  « la métaphysique des tubes »). C’est la pluie incessante qui martèle les toits de tôle, fait déborder les rivières et inonde les rues.  C’est cette conversation qui n’a fichtrement rien à voir avec quoi que ce soit qui court, cette conversation qui fait du bien, qui nourrit et à laquelle on ne veut plus s’arracher. Ce sont ces poissons qui n’ont aucun répit et ne demandent qu’à vous masser les pieds sans jamais tenir compte de la loi de l’offre et de la demande. C’est s’obstiner à marcher dans le Quick (comprendre ici l’eau brune qui a tout inondé) envers et contre tous les chauffeurs de Touk-touk qui proposent de vous transporter (là aussi la loi de l’offre et de la demande c’est un concept qui fait défaut).

Certes, je ne crois pas aux besoins essentiels. Mais le sommeil, j’aime bien. Mon Cambodge, c’est saisir l’instant tout en sachant le ponctuer de siestes impromptues. Mon Cambodge, c’est user à la corde mon oreiller à cou dans les transports. C’est s’endormir la bouche grande ouverte dans un moment inopportun… C’est une infinité de mini power nap, mais c’est surtout une sieste au petit matin à Angkor Wat. (N.B. Angkor, c’est à la fois le nom du lieu où se trouve un ensemble de temples pour lequel je n’arrive à trouver un qualificatif assez fort… ET le nom d’une bière cambodgienne. La fille de région en moi ne peut que saluer le fait qu’on reconnaisse ici tout le sacré du houblon!). À Angkor, donc, la jument profite de l’inattention des jockeys pour s’égarer dans un minitemple, contempler Bouddha (parce que des fois c’est là tout ce qu’il reste à faire) et « méditer » un peu. Sa « méditation » se verra interrompue en deux occasions. La première fois, la jument craint de se faire reprocher son manque de sens du sacré mais se rend plutôt compte qu’on la réveille pour lui offrir de s’allonger sur un tapis de prière plus confortable que le sol et ses fourmis.  Au deuxième réveil, une vieille nonne et une fillette s’affairent à  nettoyer l’espace de prière et à étendre des tapis. La jument les aide un peu dans leur besogne. Elles l’observent, lui sourient et l’invitent à prier avec elles. Plus tard, la jument impie se risquera au recueillement avec elles et d’autres nonnes. Les vieilles femmes compareront leurs mains à ses juvéniles sabots en riant du fait qu’ils aient visiblement si peu travaillé. Elles orneront son poignet d’un ruban rouge en entonnant des incantations dont le sens lui échappera totalement et concluront en tapotant avec amusement sa fossette. Parce que les marchands ne sont plus jamais très loin du temple, le coût de cet instant entre la magie et l’incompréhension se chiffrera à 2 dollars US. Peu cher payé pour échapper à l’attelage et aux coups d’étriers.

On saura bientôt si la jument poursuivra sa course effrénée ou sera de la distribution du vieux carrousel. En attendant, elle s’assure de trotter autant que faire se peut.

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Retirer l’essence

 

 

Il y a le bruit incessant des pas, des véhicules, des conversations dont on ne captera jamais le sens et des objets qui s’adressent à nous d’une voix doucereuse et clinique. Les objets sont bien sympas au Japon. Les taxis qui sont bilingues s’assurent qu’on n’oublie rien avant de partir au moment de débarquer. À travers tout ce bruit, donc, si on tend bien bien l’oreille, il y a une rumeur qui veut que la course soit bel et bien partie… Le Québec s’apprête à voir nos premiers films. En ce moment, dans ce pays qui est le mien, il y a supposément ma grosse face dans la tivi qui dit à qui veut bien l’entendre que la Course, c’est juste trop ce que je suis pour passer à côté. Cette phrase-là me travaille ces jours-ci. Ça a quand même quelque chose de bien particulier d’associer son essence à quelque chose qu’on ne connaît pas, qu’on n’a pas vécu et, qui plus est, qui n’existe pas encore…

Je n’ai jamais couru très vite. Je suis une asthmatique, contemplative et rêveuse; à moins de très grande motivation, généralement, je me déplace plus sur un beat relaxe. La course aux vidéos, ça me faisait peur. Je me rends compte que le problème n’est pas le temps. Le problème, c’est l’inconfort fondamental que j’éprouve en brusquant les gens, en forçant les confidences et en ayant toujours à en demander plus dans un court laps de temps. « Japanese realy hard open their heart. But open their heart realy strong friendship » de dire la lumineuse Marie rencontrée par hasard dans un restaurant et qui nous a gentiment promenés en ville en nous faisant découvrir son univers. Marie voulait nous aider, mais on apprenait à la connaître et on ne savait pas grand chose d’elle, serait-elle un bon sujet? Par sa simplicité et sa fraîcheur, elle ne collait à aucun des gros clichés du Japon. Elle avait une belle perspective sur sa société. On travaillait à la découvrir à découvrir ses préoccupations pour arriver à transmettre un peu du Japon, le vrai (si l’on peut prétendre à ça en faisant un film en une semaine dans un pays inconnu). À notre deuxième rencontre, elle nous a annoncé qu’elle partait le lendemain soir vers la famille. On ne savait pas trop qui elle était mais c’était maintenant ou jamais. On lui a demandé de la suivre à la caméra et on a poussé jusqu’à suggérer d’aller chez elle. Marie nous aimait bien je crois… Ou elle aimait l’idée qu’on soit d’ailleurs… quoi qu’il en soit, elle a accepté. D’une façon, on a fait violence à Marie qui ne voulait pas nous dire non, mais qui avait les yeux pleins d’eau et se cramponnait à mon bras au moment d’entrer dans le métro. « Tout le monde me regarde » de dire la terrorisée jeune fille habituée à son anonymat tokyoïte. Marie n’est pas dans le film. Son visage empourpré, ses larmes et ses confidences ont été coupées au montage.

Au Japon, j’ai un ami, un vrai. Ça fait deux ans qu’il y est pour apprendre les arts martiaux. Il était en séminaire quand je suis arrivée à Tokyo mais eventuellement, on est allé prendre un verre avec sa copine et lui pour jaser Japon et sujets potentiels. Sa quête, son histoire, m’intéressait déjà, les arts martiaux ont interpellé Axel, c’était un bon compromis pour cette équipe qui ne l’a pas facile. Pris dans nos considérations de mises en scène, d’angle de réalisation et d’idée maîtresse, on n’a pas su à mon sens être à la hauteur de ce qu’on nous a donné. Marc a manqué une journée de travail et nous a amenés rencontrer ses professeurs, qui sont ni plus ni moins que des sommités. Mon ignorance crasse quant aux arts martiaux et à l’histoire du Japon a transparu dans cette entrevue. Comment aurait-elle pu passer inaperçue. Mon ami est un gentleman, il n’a rien dit. Mais je l’ai senti humilié d’avoir à traduire mes questions indignes du niveau de son maître. Pour ce film qui n’est pas très réussi, j’ai fait pleurer une étrangère et j’ai humilié un ami… Je ne sais pas si la Course, c’est moi. Rien n’est moins clair en cette fin de japoneries. Mais je sais en tout cas comment je ne veux plus mener cette course-là.

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Ia Ora Na (Bonjour)

 

 

La Course les pieds attachés… C’est peut-être ça l’image qui correspond le mieux à notre début de course. Le jeu dans lequel on attache les pieds de deux coureurs ensemble. Notre départ a eu quelque chose d’aussi désarticulé que la démarche de deux participants à ce jeu qui n’arriveraient pas à accorder la cadence de leurs pas. Mais on est bel et bien attaché maintenant. On court de toutes nos forces, pour le meilleur et pour le pire, et c’est avec beaucoup de bonne volonté et d’écoute qu’on travaille à tendre vers le meilleur.

Sinon, le rythme de cette course a quelque chose d’un western endiablé au cours duquel les cowboys/coureurs tirent/filment tout ce qui bouge. Je ne suis pas une super bonne cowgirl. C’est difficile pour moi de dégainer à tout moment. J’adore la photo et la vidéo, mais ça a quelque chose de presque violent de presser trop la sortie de la caméra ou le tournage de l’entrevue. Trop souvent déjà, j’ai eu l’impression de brusquer le sujet, de n’avoir pas pris le temps de bien comprendre le bout de monde dans lequel je me trouve pour forcer les gens à être dans ma mire.

De la Polynésie, j’ai envie de raconter ces moments de cesser le feu, les moments où on a déposé les armes, ces moments qui ont existé sans s’inscrire via un capteur numérique dans le merveilleux monde de la pérennité. Voici donc dans l’ordre ou dans le désordre certains des moments où j’ai triché en arrêtant de courir, où j’ai entendu, goûté et vu, et où j’ai vécu un peu. Voici les moments où j’ai pris le temps.

Je pars en Polynésie, dans ma valise je rapporte :

Cette phrase délicieusement simple qui traduit un peu l’ambiance dans les îles : « Quand tu as faim, tu pêches du poisson ». Elle est pas belle et simple des fois la vie ?!

Ce slow dansé dans la montagne avec un gamin de 2 ans qui tentait d’attraper la lune qui était pleine ce soir-là… le tout sur l’air de la macarena.

Un crochet sur ma to do list, un petit rêve d’enfant réalisé et cette constatation : le parapente, c’est un peu comme voler dans un lazyboy.

Cette chasse au drink dans une noix de coco qui s’est soldée de belle façon (Faut assumer son côté cliché des fois).

La nostalgie du poisson cru au coco, du poisson cru au citron, du poisson cru… Au déjeuner, au dîner et au souper. Plat-exquis-divin-de-dieu!

Cette amitié rapidement liée avec une madame un peu avinée et très motivée à faire de moi une experte du tahitien. Maururu (merci). Et passons sous silence tous les épisodes dyslexiques où j’invente des salutations Iaonara, Ioarana… I’en’ara’pa-de-facile (nb : ce message a été écrit dans un état de fatigue avancé. L’auteure de ces lignes se sent déjà très coupable de ce jeu de mots d’une qualité douteuse, mais le conservera comme un clin d’oeil à ces défenseurs du jeu de mots qui travaillent si fort pour le maintenir bien vivant loin là-bas d’où elle vient.)

Le move de sourcils qui veut dire oui (ben moins forçant hocher de la tête).

L’histoire de la fois où dans la montagne, l’homme qui vivait sans électricité ni eau courante s’est mis à caller les caméras entre deux séances de tournage « caméra 3 »… Cette histoire-là, elle est pour mes confrères uqamiens guerriers des étoiles!

La fois où j’ai été mariée sans le savoir…

Ok bon, je continuerai la liste d’épicerie une autre fois. J’ai des fourmis dans les jambes, la Course m’appelle (Comprendre ici la finition de mes bagages pour la prochaine destination). IIIIiiiihhhh !!!! (face d’enfant qui bien qu’endormi est pas mal excité).

Nana (au revoir).

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Non mais, le réalises-tu?

 

 

« NON MAIS, LE RÉALISES-TU? » : récurrente question qui en est d’ailleurs une fort judicieuse…

À tout ceux que me l’ont posée avec cet air surexcité d’enfant qui vient de manger un lapin de Pâques géant en chocolat; je m’excuse. Je m’excuse du timide : « non » un peu stoïque et hébété que je vous ai servi.

Au fond de moi, je jure qu’il y a aussi cet enfant en rush de sucre qui sautille comme s’il n’y avait pas de lendemain. Je jure que parfois, je suis juste transportée par cette bouffée de bonheur/fierté/reconnaissance-eternelle-envers-tout-l’univers (appelez ce feeling-là comme vous le voulez), mais non, je ne le réalise pas. Je ne réalise pas encore que ça arrive pour vrai.

N’allez pas croire ici que je me complaise dans l’inertie stoïque de la fille qui ne réalise pas et qui ne sait pas vraiment comment se préparer. Au contraire, je m’active, me mets en route; je COURS (!) déjà dans tous les sens pour arriver à temps à la ligne de départ de LA course. Faute de réaliser que je pars, dans les derniers jours, j’ai réalisé que ma vie montréalaise entrait aisément dans quelques boîtes de carton. J’ai réalisé dans une formation de secourisme pré-course que, loin d’exceller dans les méthodes de réanimation, j’arrivais même à tuer les mannequins d’entraînement (probablement à cause de ma technique de bouche-à-bouche).  J’ai aussi réalisé que faire des bagages pour un voyage dont on ne connaît pas la… euh LES destinations, ça rend fou et qu’il y a un accord tacite entre les voies du Seigneur et celles des câblodistributeurs pour que ma tête n’enfle pas. Systématiquement, quand je regarde Évasion pour voir ma grosse face dans la pub de La course, c’est celle de Benoît qui passe.

Voilà pour mes anodines réalisations pré-course. On commence à douter du fait que je vais être happée avant le départ par une vague de lucidité qui me permettra de réaliser pleinement ce qui m’arrive. Faute de cette illumination, je vais tenter de m’enligner un peu sur des réalisations plus concrètes, sur celles des petits films que j’ai de la chance en maudit de m’apprêter à tourner (Je le sais et je ne l’oublierai pas même si je ne me rends toujours  pas compte que c’est vrai)!

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