Archive pour le mot-clef ‘Cambodge’
L’éléphant
Écrit par : Geneviève dans Geneviève, La course Évasion autour du monde le Mercredi 12 octobre 2011
Jour de l’élimination. Le motton dans gorge et un léger sentiment d’injustice. C’est le matin au Cambodge. Installés devant un temple millénaire, le couperet est tombé; Arianne et Axel partent.
Personne ne meurt, mais le moment est pénible, très pénible.
À un moment donné, quelqu’un -je ne sais plus qui- s’exclame : regardez là-bas, un éléphant. Deux automobiles empilées l’une sur l’autre avec de grandes oreilles et des yeux qui vous regardent au milieu d’un tapis de peau rugueuse. Étonnant comment une masse aussi grosse puisse se mouvoir en faisant si peu de bruit. L’éléphant avance en silence, avec grâce et lenteur. Une marche immuable aux petits drames qui nous déchirent.
À cheval donné
Écrit par : Arianne dans Arianne, La course Évasion autour du monde le Mardi 11 octobre 2011
Troisième pays de la Course. Troisième ligne de départ. C’est encore le début de la Course mais certains ont déjà le souffle court et inutile de le rappeler, tous n’atteindront pas la ligne d’arrivée. Si j’étais un cheval, à ce stade-ci, seuls les joueurs compulsifs et les simples d’esprit miseraient sur moi. Il y a quelque chose d’assez paradoxal à être l’under dog. J’ai tantôt le pas lourd du condamné, tantôt le pas léger de celui qui n’a rien à perdre.
Cambodge… À ce moment-ci, ça ne veut pas dire grand-chose. Partie trotter dans un nouveau décor. Les hippodromes se succèdent… Allez demander aux chevaux si la « mécanique-coursienne » s’en trouve réellement changée.
Je ne sais pas si c’est la nostalgie de la picouille qui sent que la retraite prématurée n’est pas trop loin, mais la jument que je suis se refuse à piétiner dans son box et choisit maintenant de voler du temps et d’aller trotter pour le plaisir. Comme les jockeys se font de plus en plus stricts, pour voler du temps à la Course, il faut couper dans le superflu. Je le dis depuis longtemps, les besoins essentiels ne sont qu’une vue de l’esprit… C’est bien connu, les chevaux dorment debout, il n’y avait qu’un pas à franchir pour que les chevaux continuent à trotter durant la nuit.
Mon Cambodge ne dort pas. Mon Cambodge nocturne, c’est mon ventre en étau depuis le Japon (parce que de visiter réellement le Japon m’a fait considérer autrement l’œuvre de Notomb et trouver un nouveau sens à « la métaphysique des tubes »). C’est la pluie incessante qui martèle les toits de tôle, fait déborder les rivières et inonde les rues. C’est cette conversation qui n’a fichtrement rien à voir avec quoi que ce soit qui court, cette conversation qui fait du bien, qui nourrit et à laquelle on ne veut plus s’arracher. Ce sont ces poissons qui n’ont aucun répit et ne demandent qu’à vous masser les pieds sans jamais tenir compte de la loi de l’offre et de la demande. C’est s’obstiner à marcher dans le Quick (comprendre ici l’eau brune qui a tout inondé) envers et contre tous les chauffeurs de Touk-touk qui proposent de vous transporter (là aussi la loi de l’offre et de la demande c’est un concept qui fait défaut).
Certes, je ne crois pas aux besoins essentiels. Mais le sommeil, j’aime bien. Mon Cambodge, c’est saisir l’instant tout en sachant le ponctuer de siestes impromptues. Mon Cambodge, c’est user à la corde mon oreiller à cou dans les transports. C’est s’endormir la bouche grande ouverte dans un moment inopportun… C’est une infinité de mini power nap, mais c’est surtout une sieste au petit matin à Angkor Wat. (N.B. Angkor, c’est à la fois le nom du lieu où se trouve un ensemble de temples pour lequel je n’arrive à trouver un qualificatif assez fort… ET le nom d’une bière cambodgienne. La fille de région en moi ne peut que saluer le fait qu’on reconnaisse ici tout le sacré du houblon!). À Angkor, donc, la jument profite de l’inattention des jockeys pour s’égarer dans un minitemple, contempler Bouddha (parce que des fois c’est là tout ce qu’il reste à faire) et « méditer » un peu. Sa « méditation » se verra interrompue en deux occasions. La première fois, la jument craint de se faire reprocher son manque de sens du sacré mais se rend plutôt compte qu’on la réveille pour lui offrir de s’allonger sur un tapis de prière plus confortable que le sol et ses fourmis. Au deuxième réveil, une vieille nonne et une fillette s’affairent à nettoyer l’espace de prière et à étendre des tapis. La jument les aide un peu dans leur besogne. Elles l’observent, lui sourient et l’invitent à prier avec elles. Plus tard, la jument impie se risquera au recueillement avec elles et d’autres nonnes. Les vieilles femmes compareront leurs mains à ses juvéniles sabots en riant du fait qu’ils aient visiblement si peu travaillé. Elles orneront son poignet d’un ruban rouge en entonnant des incantations dont le sens lui échappera totalement et concluront en tapotant avec amusement sa fossette. Parce que les marchands ne sont plus jamais très loin du temple, le coût de cet instant entre la magie et l’incompréhension se chiffrera à 2 dollars US. Peu cher payé pour échapper à l’attelage et aux coups d’étriers.
On saura bientôt si la jument poursuivra sa course effrénée ou sera de la distribution du vieux carrousel. En attendant, elle s’assure de trotter autant que faire se peut.
Cambodge
Écrit par : Émilie dans Émilie, La course Évasion autour du monde le Mardi 11 octobre 2011
HAïKUS :
Photographies poétiques
Forme poétique japonaise classique, le haïku est un petit poème de 3 vers comprenant respectivement 5, 7 et 5 syllabes. Extrêmement bref, il vise à dire l’évanescence des choses et comporte toujours une référence à la nature. Il doit pouvoir se lire en une seule respiration et, de préférence, à voix haute. Il évoque un instant, une impression; il incite à la réflexion. Le haïku est dépourvu de métaphore; les choses y sont nommées par elles-mêmes et doivent suffire à suggérer une image, une sensation.
Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense
Charles Baudelaire
8.
Image surréelle
La ville est devenue fleuve
Mousson délurée
9.
L’eau brune aux genoux
Les enfants plongent en riant
Je marche lentement
(Dans les rues inondées de Siem Reap)
Eaux
Écrit par : Ninon dans La course Évasion autour du monde, Ninon le Mardi 11 octobre 2011
Difficile de nommer ce texte autrement. À notre arrivée, c’est tout ce qui a retenu notre attention. De l’eau. Jusqu’aux genoux. Les rues étaient devenues des rivières. À la lueur des phares de l’autobus, des gens marchaient péniblement dans cette eau sale. En rentrant dans notre bel hôtel au sec, ce sont mes yeux qui ont voulu se mettre à couler. Je savais que le Cambodge allait être pour moi un gros changement d’atmosphère. Mais ça, je ne l’avais pas vu venir. Et je n’avais encore pas idée, mais là pas la moindre, de ce qui m’attendait.
Nous avons décidé, comme ça, d’aller dans une famille loin de la ville pour faire un reportage sur la fête des Morts. Tant qu’à être au Cambodge, vivons comme les Cambodgiens. Immergeons-nous. On nous avait aussi dit que là-bas, il n’y avait pas d’inondations. Pas tout à fait. Là-bas, on n’avait juste pas d’eau jusqu’aux genoux. Et encore…
Nous avons vécu au rythme des dernières journées du Pchum Ben, cette fameuse fête des Morts cambodgienne qui dure 15 jours. Nous allions, marchant lentement dans l’eau souillée qui menait au temple en tentant de ne pas tomber sur les cailloux que nous devinions sous nos pieds, au temple qui crachait continuellement musique et prières dès 4 h du matin. Tenter de comprendre et d’analyser ce qui se déroulait devant nous s’avéra beaucoup plus difficile que nous l’imaginions. Je ne sais pas si c’était les chants incessants et hypnotiques des moines, les couleurs, la chaleur, la langue ou la fatigue qui nous empêcha de bien cerner ce qui était pour nous un incontournable du Cambodge. Ou peut-être aurions-nous dû aller à l’hôtel avec de l’eau courante et de l’électricité assez stable pour visionner nos rushes le soir, question de nous distancer un peu. Nous nagions en eaux troubles sans savoir où le courant allait nous porter. Je ne sais pas encore très bien où il nous a amenés d’ailleurs…
Je crois que notre film de cette semaine est à l’image de ce que nous avons vécu : une expérience lente, vaporeuse, avec beaucoup de questions latentes. Mais aussi avec beaucoup de sérénité. On peut dire que l’expérience fût beaucoup plus humaine que cinématographique. Je crois que c’est aussi un peu ça, la Course. De toute façon, des fois, il faut savoir plonger, au risque de prendre un bouillon.
Octobre 1961, Cambodge
Écrit par : Joannie dans Joannie, La course Évasion autour du monde le Lundi 10 octobre 2011
Petite balade dans le temps pour cette épopée cambodgienne de quelques jours. Après une arrivée mouvementée due aux inondations qui envahissaient même le centre-ville de Siem Reap, j’ai compris que la petite maison blanche du Saguenay ensevellie lors du déluge de 1996 avait de la solide compétition… Disons que notre chambre dans un hôtel 5 étoiles tout près des gens qui pataugeaient dans l’eau me rendait plus ou moins à l’aise… Sans oublier que le gérant du dit hôtel trouvait vraiment que notre idée de film était boiteuse (disons qu’au lieu de me faire douter, ça m’a plutôt rassurée qu’il s’agissait bel et bien d’une excellente idée.. c’est fou parfois). Vivement le départ vers ce qui fut l’antre de notre bonheur rétro pour quelques jours de tournage!
Nous avons donc abouti dans le paradis de Loven Ramos, maître rétro toutes catégories confondues, propriétaire de la galerie 1961. Quand les drinks de l’endroit sont baptisés en l’honneur des chansons des Beatles, disons que je n’ai jamais autant eu envie de prendre un coup… en plus de me sentir un peu comme à la maison dans cet univers sixties…
Bref, ce fut notre dernière semaine à filmer et à partir dans des délires surprenants, Benoît et moi. Après le Japon et cette fiction basée sur un danse-o-thon et une association qui milite pour l’Halloween à l’année, nous étions bel et bien convaincus que nous formions un heureux duo! Pour notre dernière semaine, nous avons donc décidé d’ouvrir la brèche rétro et d’y aller à fond la caisse (avouons-le d’emblée, une chambre sur les Kennedy et la pop culture américaine, c’est plus beau que dans mes rêves)!!!
Les belles rencontres se sont succédé (merci à Lulu Castagnette pour ce vent de fraîcheur) et nous avons fait d’intéressants apprentissages durant cette semaine à saveur de tuk-tuk et de riz frit… tel que lorsque les Cambodgiens se font photographier, il est impossible qu’il soit en nombre impair… simplement parce que la personne au milieu est convaincue qu’elle mourra sous peu, ah superstition étrange quand tu nous tiens…
Nous avons également entendu entre deux branches de palmier que Mick Jagger se loue des chambres d’hôtel avec des piscines privées au Cambodge (la suite à l’émission La vie des gens riches et célèbres…), que les Sud-Asiatiques ont un humour orthographique dont ils ne soupçonnent même pas l’existence… (no bear on the room please… ou encore la toute aussi délicieuse no out-ciders… je la ris encore), que les Crocs les plus laids de la terre sont en vente libre à Siem Reap (merci Arianne pour ce succulent achat, j’avoue avoir failli succomber à la tentation dans un moment d’égarement, les deux pieds dans mes Converse bien mouillés) et que même les moines sont funky et techno (vraiment deux moines qui se prennent en photo avec un Iphone, disons qu’on arrête pas le progrès)…
Tout ça pour dire qu’on est encore là, Ben et moi, et qu’on est pas mal contents de faire trois autres pays!
Ça risque de groover au Sri Lanka avec ma nouvelle partner! Vivement Colombo (pas l’acteur, la ville…)!
La famille est brisée
Écrit par : Francois Bugingo dans François Bugingo, La course Évasion autour du monde le Dimanche 9 octobre 2011
Nous l’avons fait, c’était dans le règlement, nous avons retiré deux participants de la Course.
Depuis deux mois qu’ils vivaient ensemble, voyageaient ensemble, rencontraient les médias ensemble, suivaient des formations ensemble, les dix avaient fini par former une famille.
Aujourd’hui, la cellule est ébranlée. Les rires de joie de poursuivre la Course se mêlent aux larmes sincères de perdre deux camarades.
Axel et Arianne qui partent, je les ai vus se chamailler, se faire la gueule, peiner à trouver un compromis créatif. Or, cette dernière semaine, ils m’ont paru plus apaisés. Nous avons tenu de multiples conversations de conciliation et de regain de goût à la Course.
Les voir aujourd’hui partir me paraît à la fois logique au regard des chicanes qu’ils n’ont pas su surmonter et en même temps pénible pour le rédacteur en chef que je suis. Je suis devenu membre de leur équipe, complice de leurs réflexions, etc. Leur départ, c’est aussi un peu de chacun de nous qui quitte. L
e retour à l’hôtel est amer.
Mais c’était inscrit dans le jeu. Tous le savaient.
Aussitôt l’émission enregistrée, nous devons procéder à la reconstitution de nouvelles équipes. Les nouveaux duos m’épatent, je réalise à quel point ces huit qui restent ont du coffre.
Cette fois-ci, la Course rentre dans sa phase intense et je sens que ce sera du solide.
Axel et Arianne me promettent de ne pas céder à la tristesse ni au découragement.
Ces deux-là ont la tête trop dure pour abandonner.
Consulter la page de la Course
Une pluie tenace et insistante
Écrit par : Francois Bugingo dans François Bugingo, La course Évasion autour du monde le Vendredi 7 octobre 2011
La pluie se remet de la partie. Tenace, insistante
; notre sortie en bateau pour filmer des villages flottants est néanmoins maintenue
. Et quand les canots rapides accostent notre bateau, je suis saisi par l’image des enfants jouant avec des serpents massifs. Finalement, je sens mon courage chanceler. Il n’y a que le sourire apaisé des Cambodgiens pour m’empêcher de partir en courant…
Tuk-tuk road trip
Écrit par : Gabriel dans Gabriel, La course Évasion autour du monde le Jeudi 6 octobre 2011
C’est avec l’idée de vivre un tuk-tuk road-trip que Ninon et moi sommes allés à la rencontre d’un chauffeur cette semaine. Notre seul critère étant qu’il soit capable de bafouiller quelques phrases en anglais : « Amène-nous là où tu veux pendant trois jours, lui avons-nous demandé. En autant que ce soit en dehors des circuits touristiques. Nous paierons toutes tes dépenses en plus de ton salaire ». Le gars d’une trentaine d’années téléphona à sa femme pour la prévenir. Moins d’une demi-heure plus tard, nous roulions en direction de son patelin d’enfance.
Il nous amena chez un ami à lui. Là-bas, deux couples et deux familles se partageaient de petits bâtiments en bois. Bien qu’elles comptaient de très modestes connections électriques, leurs habitations étaient toujours dépourvues d’eau courante. Au rez-de-chaussée, la cours en terre battue abritait plusieurs animaux. C’est aussi là qu’ils préparaient à manger. N’ayant ni poêle ni frigo, ils cuisaient tout, au jour le jour, sur leur feu de bois.
Heureux de la visite surprise que nous leur faisions, ils nous organisèrent un petit lit de camp, ouvrirent quelques bières et nous répétèrent en boucle tout ce qu’ils connaissaient du Canada. À moins de 200 mètres, dans un temple bouddhiste, les célébrations entourant la fête des morts battaient leur plein. De l’aube au coucher du soleil, les prières et la musique ne cessaient jamais. Qu’on le veuille ou non, c’est eux qui décidaient de notre heure de coucher et du moment où nous devions ouvrir les yeux le matin. Nous avons passé la plupart de notre temps là-bas à discuter avec les fidèles et à nous faire expliquer le sens des célébrations.
Voilà comment s’est passée cette quatrième semaine. Tout cela en nous préparant à notre premier divorce…
À suivre…
Les ravages de la mousson
Écrit par : Francois Bugingo dans François Bugingo, La course Évasion autour du monde le Jeudi 6 octobre 2011
La pluie a cessé mais les rues sont encore inondées. Même dans le centre-ville devant notre hôtel. Et les premiers bilans officiels arrivent. Déjà 58 morts. La puissance destructrice de l’eau.
Les Cambodgiens ont beau être habitués à ces rendez-vous spectaculaires avec la mousson, il y a malgré tout de l’appréhension dans leurs regards.
Tout comme nos dix qui se demandent comment ils pourront opérer et réaliser leurs films de la semaine.
Du coup, les trois semaines précédentes leur paraissent comme un avant-goût paisible finalement.
Le Cambodge…
Un pays hanté par ses démons d’hier, recouvert des souvenirs de ce génocide commit par les Khmers rouges dans les années 70. Un peuple qui souvent préfère oublier pour mieux aller de l’avant. Est-ce sain? Est-ce tenable? Certes, le bouddhisme raffermit la foi, mais est-ce assez?
Le Cambodge, simplement
Écrit par : Axel dans Axel, La course Évasion autour du monde le Mercredi 5 octobre 2011
Le Cambodge, simplement, de ce j’ai ressenti, c’est un endroit tellement puissant, beau et profond. Les gens ici sont dans la misère noire, ils ont un passé horrible, au point qu’on ne peut l’imaginer, mais ils sont forts, accueillants, serviables et magnifiques. Il ont une capacité d’accepter et de trouver leur bonheur dans presque rien et c’est vraiment touchant. À côté d’eux, je trouve parfois que je fais dur, moi qui pense à mon film. Les gens ici restent humains et accessibles. Pour plusieurs, les rêves et les ambitions n’existent pas, mais le bonheur se trouve dans une poche de riz…





















































