Archive pour le mot-clef ‘carnet’
La nuit
Écrit par : Geneviève dans Geneviève, La course Évasion autour du monde le Mardi 22 novembre 2011
J’ai décidé cette semaine de sortir à l’heure où les amateurs de nature ou de forfaits tout inclus se reposaient. J’ai troqué le jour contre la nuit en séjournant dans un hôtel fréquenté par des prostituées et des Américains de plus de 50 ans en mal d’amour exotique. Ce que j’ai vu du Costa Rica ne se résume finalement qu’à ma fréquentation d’un bordel.
On m’a prise pour une cliente, on m’a prise pour une des leurs. J’ai intégré abruptement l’hôtel-casino-bar Del Rey comme une star dont on souffle le nom sans oser croiser son regard. « Who are you? » J’avais beau me caler dans une chaise du bar et enfiler les bières, la petite blonde habillée comme un garçon a eu du mal à passer inaperçue.
Je recherchais plus qu’une heure, je cherchais aussi à sortir d’ici. J’aurais voulu passer quelques jours avec une prostituée du Del Rey, puis, au dehors du Del Rey, créer un dialogue entre deux filles du même âge qui essaieraient d’aller plus loin que leurs costumes.
J’ai été naïve, tellement naïve. Une discussion pleine de bonne volonté n’est pas suffisante ici pour qu’une fille accepte de faire le pont entre son jour et sa nuit.
Après avoir passé le dimanche à attendre deux appels qui ne sont jamais venus, je me suis tout à coup demandé qu’est-ce que j’étais venue faire ici.
Je crois au fond que j’avais peur. Pas peur d’être là, pas peur du monde aride de la prostitution. J’avais surtout peur de l’oubli, de finir ma Course tranquillement en effaçant mes souvenirs du monde avec le temps qui passe. J’avais peur de perdre de vue cette altérité, celle qui ébranle les murs solides et étanches de notre maison.
Notre jour, leur nuit.
Je suis allée au Del Rey afin de m’écorcher juste assez pour y laisser une petite cicatrice indélébile, ma douce mémoire du bout du monde.
Le café de tous les désirs
Écrit par : Hervé dans Hervé, La course Évasion autour du monde le Vendredi 18 novembre 2011
Arrivés à Puntarenas, on avait juste tous le goût de partir de cet hôtel cheap de station balnéaire désaffectée. Pire que ce qu’il y a de pire en Floride, je vous le jure.
Nos chambres sentaient le moisi et l’atmosphère de l’endroit avait toutes les qualités requises pour que nous ayons juste envie de mettre fin à nos jours.
Ok, je ne commence pas à être snob des chambres d’hôtel. En Équateur, je savais pertinemment que je cohabitais avec les coquerelles dans ma chambre et que les champignons qui tachaient 50 % de la superficie du mur de ma chambre n’aidaient sûrement pas à ce que je respire bien.
Non, je ne suis pas vraiment difficile quand il s’agit de choisir une chambre d’hôtel.
Mais cette fois-ci, quand je suis arrivé à San Jose, dans ma dernière semaine de Course, j’avais le goût de me payer une chambre un peu plus confortable.
J’avais aussi le goût de faire le film qui me plaisait. Mon film sur le Café des désirs, c’est moi. Tout simplement.
J’ai de l’admiration pour ces jeunes qui construisent des choses, qui vivent leurs vies et qui essaient à leur façon de changer leur entourage.
Bien évidemment, il n’y a rien de nouveau, rien de très innovateur.
Mon film ne fait que brosser le portrait de trois personnes intéressantes qui ouvrent un café à San Jose.
Ouvrir un café, entre vous et moi, c’est plutôt banal.
Mais le café de Los Deseos, le café de (tous) les désirs, c’est plus qu’un café, c’est le rêve de ce trio.
Le désir de changer de vie, de quitter leurs emplois routiniers pour construire un de leur rêve à leur image.
Et moi, ce que j’ai vu en eux, cette flamme, cette honnêteté par rapport à leurs rêves et désirs, ben ça ma frappé, j’ai été charmé. Tout simplement.
Dans ce quartier, il y a les putes, il y a des hôtels pour les touristes américains, il y a une boutique de vêtements cool, deux parcs, dont un qui porte le nom Morazan*, et maintenant, il y a le café de Los Deseos.
Merde. Isn’t it beautiful?
Une chose est sûre, moi, ces jeunes, je les aime.
*Le parc Morazan a été nommé ainsi en l’honneur de Francisco Morazan, ce grand dirigeant et visionnaire qui a changé, unifié et aidé la cause des gens d’Amérique centrale au 19e siècle.
Hervé
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Un peu de tranquillité
Écrit par : Ninon dans La course Évasion autour du monde, Ninon le Jeudi 17 novembre 2011
J’avais comme une grande envie de simplicité. Une grande envie de terminer sur une note positive. Quand j’ai vu cette petite île sur la carte, au large de Puntarenas, j’ai eu cette impression que j’y trouverais ce que je cherchais. Et il y avait un bateau qui partait dans deux heures. Je vous ai déjà parlé des petites antennes qu’on s’aiguise tout au long de la Course. Et bien je ne me suis pas trompée.
Un autobus scolaire attendait les passagers sur l’autre rive pour les déposer là où ils allaient. Moi, j’allais à la Amistad, une auberge créée par une coopérative de femmes. Au bout d’un sentier qui s’enfonçait dans la jungle, je l’ai trouvée.
J’ai passé trois nuits dans une belle petite cabane, loin de tout, à manger les bons petits plats que ces adorables femmes me préparaient. J’ai fait de la moto avec mon guide sur les petites routes de terre qui sillonaient l’île. C’est drôle, nous ici, sur nos îles, les routes font le tour, près de l’eau. Sur l’île de Chira, les routes s’arrêtent où l’eau commence. On peut presque oublier qu’on est entouré d’eau tant les routes sont enfoncées dans les terres. Je suis allée à la pêche, sous un soleil brûlant, sans chapeau et en camisole. Les hommes, dans leurs chaloupes, emmitouflés pour se protéger du soleil, me regardaient en semblant se marrer de cette petite gringa qui allait cramer en trois minutes. Mais j’ai de la bonne crème solaire. Et un orgueil qui peut en prendre.
Et j’ai pu raconter ma belle histoire. C’est plus difficile qu’on croit de raconter le beau. Une histoire dramatique, choquante; elle se raconte presque toute seule. Mais le merveilleux, surtout lorsqu’il est ordinairement magnifique, il faut lui donner un petit coup de pouce. Moi-même, dans toute cette Course, je me suis laissée prendre au jeu. Mais je me serais en quelque sorte trahie si je n’avais pas au moins fait cet effort ultime. Parce que je crois que, malgré tout le laid, le décevant et le vide, il y a toute cette splendeur et cet émerveillement continuel qui réside le plus souvent dans le simple. Cette essence-là, elle est universelle. Et elle est inépuisable.
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Le jury est unanime
Écrit par : Francois Bugingo dans François Bugingo, La course Évasion autour du monde le Lundi 14 novembre 2011
Non seulement le jury a attribué au film le meilleur score depuis le début de la Course, mais cela s’est fait avec une nette unanimité, les trois juges ayant accordé un score quasi identique. Restrepo raconte la quête de vérité d’une famille dont deux enfants (des adolescents) ont été exécutés par les forces du régime dictatorial équatorial il y a plus de 20 ans. Une plongée dans ce passé trouble des années de dictature en Amérique centrale et latine. Une famille qui refuse d’oublier, tout un village qui se souvient… Un véritable travail de journaliste qu’a mené Geneviève. Une histoire touchante, politique et triste. Le jury ne s’y est pas trompé…
Il était une fois, au sommet…
Écrit par : Francois Bugingo dans François Bugingo, La course Évasion autour du monde le Vendredi 11 novembre 2011
Chaque pas devenait un calvaire. Nous étions à 4 700 mètres d’altitude et il fallait encore monter jusqu’à 4 800.
Le souffle est court, et l’air, rare. Et en même temps, un vent cinglant fouette le visage.
Devant nous, nos guides trottinent carrément sur la piste qui monte abruptement. Bien plus, ils portent sur leurs épaules nos équipements.
Ma coordinatrice de production m’apprend une technique des Sherpas du Népal : inspirer, bloquer l’air, faire trois pas; expirer en trois pas et recommencer. Facile à dire, plus difficile à faire.
Alors, je bloque toute pensée, je courbe le dos, je ne pense plus à rien d’autre que ce pied à mettre devant l’autre. Ne pas regarder la distance restante pour ne pas se décourager. Juste avancer la tête baissée. Il y a une récompense au bout, ceci est une torture intéressée…
Trois, deux et…
C’est sublime, la vue est incroyable. Un ciel totalement dégagé. Une vision à perte de vue de ce pays au relief si contrasté. Au fond, là-bas, des volcans endormis dont les sommets sont couverts de glace.
La nature dans sa beauté sans faille. Elle inspire le respect…
On the road again
Écrit par : Hervé dans Hervé, La course Évasion autour du monde le Vendredi 11 novembre 2011
L’Équateur, Quito et ses montagnes ennuagées.
Un sentiment d’immensité.
Moi, pas capable de dormir, et ce mal de tête.
Je pars pour Quevedo, c’est décidé.
Sept heures de bus avec de la musique latino hyper quétaine dans les oreilles, parce que le haut-parleur est au-dessus de moi.
Et moi qui angoisse.
Je suis mon instinct, mais je stresse un peu pareil.
Pas sûr de trouver un film à Quevedo ou Mocache.
En plus, je suis crevé.
Tous les sons environnants me crispent un peu plus.
À Quevedo le samedi soir quand on y arrive à minuit, Francis, le caméraman, et moi, on se trouve un taxi direct pour l’Hôtel Jonathan.
Parce qu’on s’est fait dire de pas traîner dans les rues, le soir. Encore moins avec des cameras et tout et tout.
À 6 h, le lendemain, je sors faire mon jogging.
Un jogging de cowboy, pas un touriste dans la ville, juste moi, qui se fait lancer des gringos… au passage.
Drôle de sentiment.
J’évite de courir dans les rues où y’a trop de chiens. On sait jamais avec les chiens, on peut pas leur faire confiance.
Je me trouve un fixeur, un gars qui va m’aider, Carlos, qui vit à mi-temps entre ici et New York. Surement une des cinq personnes qui parlent anglais dans cette ville. Je l’engage et une heure plus tard, à bord de son pick up avec son ami Marcos, on est en route pour Mocache.
Entre-temps, j’ai rencontré le ministre des Communications de l’Équateur, mais ça, c’est une autre histoire…
En route vers Mocache, Carlos nous demande : « Do you want some pussy? Only six dollars. »
Je ne viens pas faire du tourisme sexuel, désolé.
On arrive au ranch où Guamàn travaille. On se présente. On se parle un peu grâce à Carlos, qui traduit.
Carlos me dit : « You want to film? Go film ! »
Ça se fait pas de même un film câlice, Carlos. Tranquillo, tranquillo.
J’vas pas filmer Guamàn comme ça, j’veux y parler un peu, avant. Y’a des choses qui demandent des préliminaires, tu sais…
Bref, à ma question : « Que fais-tu après le travail ? », Guamàn rit haut et fort. Carlos se retourne vers moi en disant : « You understand? »
Je ris avec eux; ok, j’ai compris : il fourre sa femme et ça, c’est pas de mes affaires. Guamàn est un vrai cowboy et je n’aurai pas d’entrevues concluantes avec lui, c’est sûr.
Sinon, le tournage de deux jours autour de Quevedo et Mocache se passe bien. J’engage même deux musiciens qui viennent jouer dans ma chambre pour 40 dollars.
La soirée de ma deuxième journée à Quevedo, après avoir payé mon guide et fixeur, je suis seul.
Seul dans une ville qui n’a pas vu de foreigners depuis un bail.
On me dit de faire attention, encore et encore. Ça devient aliénant. Je mange une soupe de poisson au bord de la rue de mon hôtel. Le gars fait jouer du Jackson, du Iglesias et du dance cheap dans ses hauts-parleurs à l’aide de son cellulaire.
Ses deux fils de huit ans me regardent avec amusement, comme si j’étais un extra-terrestre.
C’est vrai que je suis le seul blond à des kilomètres à la ronde, du moins, le seul vrai blond.
Je retourne à Quevedo le lendemain. J’adapte la nouvelle de Kashinsky et je rencontre un nouvel ami, Manuel.
C’est l’ami que je pourrais avoir à Montréal. Un mix entre Félix et Guillaume, mais qui viendrait de Westmount.
Mais pas prétentieux pour une cenne. Un hostie de bon gars, comme dirait Eliot.
On connecte artistiquement et la narration va de soi. Je pourrais le diriger par télépathie tellement on recherche la même chose, c’est weird.
Faudra qu’un jour je rencontre une fille comme lui, wow!
Peut-être qu’elle est déjà à Montréal présentement, qui sait.
Bref, un sprint de fin de film et me voilà libre. Film remis, je suis fin prêt à trinquer à la Vian et Hemingway.
Une autre aventure du bout du monde de blouclée, un autre souvenir de vie emmagasiné. Et merde. C’est reparti.
Hervé
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Le goût de la liberté
Écrit par : Francois Bugingo dans François Bugingo, La course Évasion autour du monde le Mercredi 9 novembre 2011
Deux secousses… La chambre qui vacille. Les fenêtres des immeubles en face qu’on voit trembler. Nous étions bien prévenus, en Équateur, la terre a la fâcheuse habitude de trembler souvent. Les bâtiments doivent donc répondre à des normes antisismiques.
Après avoir été confinés dans l’espace réduit de Gibraltar, les concurrents semblent retrouver le goût de l’évasion. Ils ont repris leurs sacs à dos et sont repartis aux quatre coins du pays.
De Gilbraltar à Quito
Écrit par : Francois Bugingo dans François Bugingo, La course Évasion autour du monde le Mardi 8 novembre 2011
Quel accueil à Quito… Incroyable. Le ministère du tourisme n’a lésiné sur aucun moyen pour nous séduire. Orchestre traditionnel rien que pour nous à l’entrée du restaurant et ce diner fort aimable avec différents interlocuteurs locaux.
Mais 14 heures de voyage ont raison de notre enthousiasme et notre éveil.
On rêve d’un lit comme le chien d’un os.
I love Gibraltar
Écrit par : Geneviève dans Geneviève, La course Évasion autour du monde le Mardi 8 novembre 2011
Chers amis,
Gibraltar, c’est bien petit. J’ai tout de même vu plein de belles choses ici : des lieux historiques, des singes en haut de la montagne, des rues bourrées de touristes… Beaucoup de Guiness et de Fish & Chips. Bien honnêtement, je m’y suis assez ennuyée. Du moins, la première journée. C’était avant de rencontrer Monica et que nous nous mettions à faire un petit film ensemble, à la sueur de notre front, à courir aux quatre coins de cette ville « pays » afin d’y mettre un peu de fantaisie…
J’ai hâte de vous revoir.
Amicalement,
Geneviève
J’ai le mythe déçu…
Écrit par : Ninon dans La course Évasion autour du monde, Ninon le Jeudi 3 novembre 2011
J’ai vraiment essayé. Je vous le jure. J’ai essayé d’être positive, optimiste, tout. Mais non. Gibraltar, j’ai haï ça. Pourtant, c’est une belle roche. La vue d’en haut est ben ben belle. Les singes sont mignons, sauf quand on a mangé dans nos mains. Les locaux sont gentils, toujours prêts à aider. Mon monsieur, il était passionnant. Il connaissait tous les recoins de sa ville, j’ai appris plein de choses. Si jamais vous allez à Gibraltar, faites-moi signe, c’est le meilleur guide. Lui, il l’aime, sa roche. Alors, qu’est-ce que je n’ai pas su saisir…?
Peut-être que mon aversion vient du fait que mon film a été tellement compliqué à réaliser. Quand on se fait poser un lapin trois fois dans la même journée, ça sape un moral. Peut-être que c’est parce mon hôtel me donnait la chair de poule avec cette impression un peu oppressante de ne jamais être vraiment seule. Peut-être que parce que tout était frit ou gras ou les deux. Peut-être que c’était un endroit tellement plate, un arrêt des croisières bondées de personnes du 3e âge qui viennent magasiner des bouteilles ou des montres pas vraiment moins chères qu’ailleurs.
Mais quand même, on a eu de la chance d’aller dans cet endroit mythique. C’est juste que des fois, les mythes et la réalité, vous savez…



























































