Archive pour le mot-clef ‘finale’

Les lendemains du globe-trotter

 

 

 

 

 

 

Montréal et ses bordées de neige automnales.

 

La fin d’un voyage, la fin de la Course.

Le retour à la réalité et cet immense vide affectif qui fait place à un trop-plein, parfois. Comme si tu bois un café et deux verres de vin en même temps.

Eh oui, je suis déséquilibré, carencé. Eh oui, revenir de la Course, c’est dur. Petrowski l’avait dit au début, lors de notre première rencontre.

La mélancolie du voyageur persiste et cette solitude qui m’a bercé pendant des dizaines et des dizaines de jours. Mais je n’étais pas plus seul.

Et la redécouvrir dans toute sa nudité, sa chaleur, retoucher à ses courbes merveilleuses, ce fut étrange. Après quelques mois de désert, l’obligée oasis.

Comme une impression de redécouverte. Comme un toxico qui recommence l’héro.

Héros de sa destinée, mal habile, qui se torture le bras à cause d’un frémissement bien involontaire en s’injectant. Une habitude qu’il avait perdue.

Bref, Montréal et ses voluptés, ses caresses et ses angoisses.

Je voudrais être loin d’ici, fuir, comme Nicholson dans The passenger, d’Antonioni.

« Partir avec une souris », comme dirait Vian, en décapotable jusqu’au bout du moteur ; quand la voiture avance plus : jusqu’au point le plus au sud de la Terre de Feu.

Dans une Amérique du Sud suintante de réalité. Mais au fond, ceci est le rêve qui illustrerait ma fuite.

Et les flots dans mes yeux qui se déchaînent et moi, incapable de savoir pourquoi exactement.

Comme un trop-plein d’émotion. Comme les lendemains du héros, les lendemains d’héro.

Et le papillon qui s’envole au loin. Bien sûr, espèce de con. Ha ha! Ça va, ça va, ça va… J’ai mal agi, j’ai mal agi, j’ai mal agi.

Je ne sais pas si c’est le mépris de Brigitte Bardot à mon égard, je sais pas, bref, je ne dois pas être le seul Vadim, Trintignant, Bécaud.

« Keep it cool, baby », comme dirait le jazzman.

« I need to cut it out », comme dirait Gazarra.

Et Jean-Claude Labrecque, dans tout ça? Cet illustre personnage du cinéma québécois qui nous donne la Caméra d’or.

Selon lui, La faute à Berlusconi est le plus beau film de la Course.

Les flots dans mes yeux au moment de lire ceci en attendant mon chum Champagne au café sur Mont-Royal.

« Je décerne le prix de la meilleure direction photo à Ninon Pednault et Hervé Baillargeon pour leur film La faute à Berlusconi. J’ai été touché par la beauté du noir et blanc, la nuit, dans cette petite rue de Florence où un jeune couple refait le monde tout en parlant d’eux, de l’amour, de la politique, de la vie. La caméra s’adapte à leurs mouvements. On vit leur conversation, on les aime, on voudrait être leur ami, on voudrait marcher avec eux. La caméra est toujours à la bonne place. Il y a eu une osmose, un moment magique avec ces quatre-là. Bravo » a dit Jean-Claude Labrecque.

Sur ce, je médite, charmé, honoré.

Ma Course, je l’ai faite.

 

Consulter la page de la Course

Consulter la page d’Hervé

Mots-clefs : , , , , ,

4 commentaires


Et si l’aventure ne s’arrêtait pas?

 

Comment conclure une aventure en tous points exceptionnelle ?

 

Comment se relever de cette fin de partie des plus surprenantes ?

 

Il y a eu ces retrouvailles. Les 10 concurrents ensemble, réunis devant leurs parents, les mots fragiles dans leurs bouches, les regards pétillants, les yeux de ceux qui savent ce qu’ils ont vécu. Ce qu’ils ont vécu justement, comment le dire avec nos mots à nous ? Nos impératifs de télé ? Comment narrer ces accueils exceptionnels, ces générosités par delà les langues et les races ?

 

Impossible défi.

 

Alors, il y a juste ces quelques images que les finalistes ont mises bout à bout, moins de quatre minutes pour raconter deux mois et demi d’une vie hors dimensions.

 

Les applaudissements qui reprennent, les coquilles qui s’évasent (même Benoît, le plus réservé, qui s’agite sur sa chaise en se reconnaissant dans un karaoké au Japon), les langues qui se délient et les familles qui ont conscience que beaucoup reste à dire.

 

Puis, le moment ultime, un incroyable coup de hasard. Un ex æquo au sommet. Sans doute le plus beau compliment au jury de sélection : il avait vu juste, il n’y avait pas d’inégalités, pas de concurrent archidominant. Non, le jury avait bien choisi 10 vainqueurs, au pointage conscrit dans un mouchoir de poche. Il fallait un(e) gagnant(e).

 

Ce fut elle, Émilie. Elle l’a entièrement mérité.

 

Alors, comment conclure une aventure si enlevante ?

 

Et si, au contraire, elle ne s’arrêtait tout simplement pas ?

 

Car, j’en suis convaincu, vous en entendrez parler à nouveau de ces 10 de la première édition de La course Évasion autour du monde.

 

Consulter la page de la Course

Consulter la page de François

Mots-clefs : , ,

3 commentaires


Des fleurs, des images et des souvenirs plein le baluchon

 

 

 

 

 

 

Le retour… ouf, j’ai comme la drôle d’impression parfois que mon corps est ici, mais que mon cœur et ma tête sont restés quelque part entre mer et monde… dispersés en petits morceaux dans les méandres du globe. Laissés volontairement à tous ces amis de passage à la générosité sans borne !

 

Parce que ma Course, elle aura été belle, douce, exigeante, follement drôle, touchante et surtout intense. Intense comme j’aime que les choses le soient. Parce qu’une telle épopée ne peut être vécue à moitié. T’as assurément besoin d’être complètement présente, groundée, le cœur et la tête prêts à recevoir, comme une tonne de briques, ce que la générosité de tes sujets a de précieux à t’offrir !

 

Comment remercier tous ces gens, parce que parfois, tu te sens un peu comme un voleur, t’arrives vite vite vite, tu dois faire un film,  vite et bien, tu prends et paf, tu repars… non sans oublier comment certains moments ont été plus que magiques…
Je jongle donc parfois entre le fait de me sentir un peu comme une cleptomane de l’image… mais ma tête comprend bien que c’était ça le deal; la Course, ça le dit… ça va vite !

 

 

De retour à la maison, je tente donc de revenir à la vie, tranquillement, doucement, mais sûrement. Avec tout l’amour de mes proches que j’aime tout autant, je me sens peut-être simplement un peu loin, comme si j’avais laissé une partie de mon petit cœur de l’autre côté de l’Atlantique. Mais peut-être que celui-ci fait le voyage de retour par bateau (c’est toujours un peu plus long par les voies terrestres et maritimes…) !

 

J’aurai donc eu le privilège d’apprendre la vidéo dans un contexte plus que stimulant. Passionnant médium qui enrichit ma passion pour l’image, parce que ma caméra photo est encore ma meilleure amie, mais qu’elle s’est trouvé une alliée de taille et que je sais que les deux ne peuvent dorénavant que se compléter.

 

Un merci tout spécial à ces anges de Course qui auront fait de cette folle épopée une expérience qui se raconte un peu moins bien qu’elle ne se vit. Merci pour les fous rires japonais, pour la douceur polynésienne, pour la créativité cambodgienne, pour la folie moustachue toute sri-lankaise, pour l’esprit de communauté italo/afghan et pour le délire marocain à dos de bagnole…

 

Une pensée toute spéciale à Benoit et Émilie, avec qui j’ai eu l’honneur de partager cette Course effrénée. Benito, l’ami avec qui faire un film dansant fut un de mes plus beaux souvenirs, mais surtout, un jeune homme à l’univers éclaté avec qui faire un film demeure un work in progress fascinant ! Merci le beau Benito. Et que dire de la jeune femme fonceuse de 5 pieds 1 que j’ai eue comme partner durant la 2e partie de la Course? Quel plaisir, chère Émilie. Vraiment, ma Course n’aurait pu mieux se terminer qu’en ton agréable compagnie à se balader dans les dédales marocains à la recherche d’un sujet (que nous n’avons finalement que plus ou moins trouvé…) Merci de m’avoir fait rencontrer ces Afghans; si tu savais comment ça m’a touchée ! Et merci de m’avoir obligée à sortir de ma zone de confort, c’est vraiment quelque chose de nécessaire parfois. Émilie, belle amie, j’ai été privilégiée de vivre cette Course à tes côtés, la moustache reste d’ailleurs pour moi un moment marquant d’épopée à rebondissements multiples.

 

Pour le reste, comme je le mentionne précédemment, je reviens tranquillement de cette aventure intense et imparfaite, parce que comme le dirait probablement l’ami Eliot, les choses lisses et propres, c’est ennuyant comme tout et ça manque terriblement de crunch!!!

 

Mon coup de cœur de Course revient d’ailleurs aux neuf participants qui ont croisé ma route cette année; quelle chance j’ai eu de rencontrer des gens si différents aux univers merveilleux ayant au moins une chose en commun autre que le désir de faire des films… soit le fait d’être de si belles personnes, humbles, passionnées, honnêtes et généreuses ! Et pour ce casting, j’avoue que je suis flabbergastée (je sais, je sais, ça sonne un peu cheezy, mais c’est tellement sincère) !

 

De retour à la maison et en quête d’une façon funky et douce de mettre de l’ordre dans mes souvenirs de Course, je me décide finalement à faire des tableaux photographiques d’objets reliés à chaque pays… Parce que chaque pays visité se veut une belle histoire qui se raconte ici sous forme de souvenirs et de choses trouvées au hasard de la route… La Polynésie est d’ailleurs remplacée par le Portugal (quoi, bien non, j’ai pas tant aimé Tahiti, ça chiale le ventre plein que certains diront…).

 

Le Japon

Parce que Tokyo m’aura une fois de plus jetée par terre avec son effervescence et sa grandiloquence tout asiatique ! Quel bonheur de s’y perdre et d’y observer les rockabillys ! Strangers, c’est clairement mon film préféré!!!

 

 

Le Cambodge

Parce qu’arriver à Siem Reap les deux pieds dans l’inondation nous aura enlevé le goût de faire un film misérabiliste… et nous aura poussés à faire la charmante rencontre de Loven Ramos. Quel endroit fascinant cette galerie/hôtel/café-résidence d’artistes qu’est 1961 ! J’en suis encore fascinée !

 

 

Le Sri Lanka

Parce que notre vol Bangkok-Colombo nous aura fait découvrir comment la moustache se veut culturelle au Sri Lanka et surtout, nous aura donné l’envie folle de faire un film sur les moustaches… Soyons jeunes et folles et allons-y avec une bonne dose de légèreté !

 

 

L’Italie

Parce qu’entre l’élégance tout italienne et la générosité afghane il y a un monde, on a donc décidé de faire un film sur ces réfugiés afghans aux vies dures, mais au regard si doux. Belle leçon de vie.

 

 

Le Maroc

Parce que faire un road-movie au Maroc était une idée qui nous a permis de découvrir les splendeurs du pays, mais aussi de rire à gorge déployée ! « Chronique d’un film rempli d’espoir où rien ne se passe comme prévu »… En effet, c’est bel et bien comme ça que ça s’est déroulé et j’en pleure encore de rire!!! C’était de loin la plus belle façon qui soit de terminer l’aventure.

 

 

Le Portugal

Parce qu’au lieu d’aller passer la semaine d’éliminés dans les méandres de l’Est du Québec, nous avons préféré partir nous balader au Portugal!  Éliminés Holiday que nous avons surnommé cette semaine peuplée de road-trips, de quêtes absurdes, de siestes, de cinéma, de playa… Vraiment, ce fut une semaine belle et douce à ne penser à rien… sauf peut-être un peu au retour…

 

 

Le retour

Je retourne donc à ma vie dans mon appartement aux milles couleurs, à mes amis que j’aime tant, à mes balades à vélo qui me permettent de prendre le pouls de cette ville fascinante qu’est Montréal et à ces petits moments simples et doux qui donnent tout son sens à mon quotidien.

 

 

Maintenant, je retourne à mes moutons (bien non, je ne suis pas bergère dans mes temps libres, quoique comme sideline, ça pourrait être chouette…) et surtout, je retourne à mon studio peuplé de gens stimulants avec qui créer est un véritable honneur. Inch’Allah, comme qui diraient!!!

 

 www.lagarconnierestudio.com

 

Consulter la page de la Course

Consulter la page de Joannie

Mots-clefs : , , , ,

4 commentaires


Le retour

 

 

 

 

 

 

HAïKUS :
Photographies poétiques

Forme poétique japonaise classique, le haïku est un petit poème de 3 vers comprenant respectivement 5, 7 et 5 syllabes. Extrêmement bref, il vise à dire l’évanescence des choses et comporte toujours une référence à la nature. Il doit pouvoir se lire en une seule respiration et, de préférence, à voix haute. Il évoque un instant, une impression; il incite à la réflexion. Le haïku est dépourvu de métaphore; les choses y sont nommées par elles-mêmes et doivent suffire à suggérer une image, une sensation.

Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense
Charles Baudelaire

 

31.
Soleil de novembre
réchauffe timidement mes joues
et mon doux retour

 

32.
Comme sur un nuage
Je marche dans Montréal
La tête encore loin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Consulter la page de la Course

Consulter la page d’Émilie

Mots-clefs : , , ,

1 commentaire


La fin d’une grande aventure

 

Le coordonnateur de terrain, Derek Kennedy, avait bien caché son jeu. Juste au moment où on disait au revoir à l’équipe en studio à Montréal, il a débouché une bouteille de champagne pour saluer la fin officielle de la tournée pour cette première édition de La course Évasion autour du monde. Et là, on a ressenti cette émotion, on a vraiment eu conscience de la fin d’une aventure exaltante, étonnante, haletante et enrichissante. Nous en revenons tous grandis et surtout, fiers d’avoir mené ce bateau à quai.

 

Il y aura toujours des critiques, et nous sommes assurément les plus intransigeants critiques de nous-mêmes, et nous accepterons ces critiques, car elles sont la marque de l’attachement de ceux qui nous regardent pour cette émission. Mais d’un projet fou qui a débuté comme un irréel rêve pour la chaîne Évasion, nous avons réussi à faire du réel. Il y aura les visages que vous avez souvent vus à la télé, dont le mien. Mais ce possible, c’est aussi, voire surtout, l’oeuvre de plusieurs mains dont vous ne connaissez pas la face. Les patrons d’Évasion, les producteurs, le réalisateur, le directeur photo, le monteur, de nombreux guides et fixers, des hôtes dans chaque pays, des chauffeurs, des techniciens à Montréal, etc. Tous ces gens à qui je dis en ce moment un grand merci. En attendant de les retrouver pour la plupart à la grande fête que sera l’émission finale, celle qui couronnera le grand gagnant de la Course. 
Oui, il avait bien caché son jeu, notre Derek, et ces quelques gouttes de bulles dans un verre de plastique, sur une plage de Puntarenas au Costa Rica, étaient une jolie attention pour clore une fabuleuse aventure.

 

Consulter la page de la Course

Consulter la page de François

Mots-clefs : , ,

5 commentaires


Un sentiment étrange

 

 

 

 

 

 

 

Ça y est. Ce texte est officiellement la dernière chose que j’aie à faire pour la Course. C’est très étrange, comme sensation. Autant j’avais un peu hâte de me retrouver devant une journée sans rien à faire, autant ça m’angoisse un peu. Autant j’avais hâte que le stress tombe, autant ce rush d’adrénaline me manque. Autant j’avais hâte d’arrêter d’avoir chaud (oui, oui, croyez-le ou non), autant je retournerais dans la chaleur demain matin. C’est fou un être humain. Ça ne sait pas ce que ça veut.

 

De toutes ces journées passées à rouler, marcher, flotter et voler ne restent que quelques couleurs, odeurs et saveurs. Trois ou quatre objets ramassés sur la route. De vagues impressions plus proches du songe que du souvenir. Est-ce que je l’ai vraiment faite, cette Course ? Est-ce que j’étais vraiment là ? C’est à se le demander, tellement le sentiment est étrange.

 

Et puis, la minute d’après, en répondant à une question, je me sens à nouveau en plein dedans, captivée, vivante. C’est quand même pas croyable, toute cette histoire. C’est sans l’ombre d’un doute l’aventure la plus folle que j’ai vécue jusqu’à présent. Eh oui, c’est arrivé pour vrai. Mais on continue comment, après ?

 

J’imagine qu’on va faire ses courses et on se cuisine de la bouffe maison, enfin. On recommence à voir ses amis autour d’une bonne bouteille et on rit comme si on n’était pas parti. On se colle contre son amoureux devant un film un dimanche après-midi. On élabore des projets encore plus fous. On regarde par la fenêtre en s’imaginant ailleurs, puis on se retourne et on regarde notre petite vie en se disant qu’au fond, on est chanceux d’en avoir une aussi belle. Après l’extraordinaire, il faut juste réapprivoiser le simple.

 

En attendant, je tiens à vous dire merci de nous avoir suivi, écrit, encouragé. Sans vous, ça aurait été d’un vide à l’autre bout de la planète.

 

Et, je le souhaite, à bientôt.

 

Consulter la page de la Course

Consulter la page de Ninon

Mots-clefs : , , ,

3 commentaires


Le froid de ma maison

 

 

 

 

 

 

Faire le tour du monde en moins de deux semaines et demie laisse une trace, affecte le regard que je pose sur ma réalité, celle que j’apprivoise ici tranquillement.

 

D’abord cette zone de transition : le dernier voyage en avion à bord d’Air Canada. On annonce les consignes de sécurité par une petite animation vidéo dont le son est projeté dans les haut-parleurs de l’avion. On enchaîne ensuite avec une vidéo publicitaire. Impossible de fermer l’écran et de passer à autre chose ; la diffusion est automatique et la trame sonore remplit le maigre espace que nous avons. Avant chaque visionnement de film, on a également droit à un bon trois minutes de publicité. Il va sans dire qu’on nous offre une grande sélection de films sur Air Canada… Mais la bouffe, par contre, n’est pas gratuite (peut-être est-ce trop difficile de commanditer des sandwichs ?). Parmi la dizaine d’avions que nous avons pris tout au long de la Course, il s’agit d’un cas unique ici de mise à profit de l’espace — et de la nourriture — pour la vente. Je dois dire que ça me fait un peu mal au coeur.

 

Ensuite, il y a les rues de Montréal. Marcher et se faire interpeller par des affiches qui créent avec nous un dialogue muet. Derrière, il y a de la pub et des trucs à vendre, bien entendu. Même chose à la télé. Il semblerait que pour rendre son chum heureux à Noël, il faille acheter un ensemble de cinéma maison à 1 500 $… L’aire est au robinet qu’on doit changer toutes les années, car vous savez, la technologie évolue, on peut dorénavant éviter cette manoeuvre difficile qu’est tourner une champlure…

 

En marchant dans les rues de Montréal, j’ai aussi eu l’impression d’y voir une majorité de gens riches, élégants dans leurs nouveaux vêtements reflétant les dernières tendances mode de la saison. En rentrant chez moi, je me suis surprise à regarder mon appartement d’un drôle d’oeil, comme si je réalisais que j’habitais dans un palace, que je constatais l’absurdité de pouvoir me payer ce genre d’endroit pour une étudiante travaillant à temps partiel.

 

Certains parleront de chance que nous avons. Ça serait vous mentir que de m’opposer complètement à cette idée-là. On dira ce qu’on voudra, il y a un confort qu’on se bâtit avec le temps, un confort qui nous définit un peu et nous fait du bien. J’aime mon appart, mes guenilles et mes folles dépenses au marché Jean-Talon. Bien que je sois sensible à la question, je ne crois pas être sincèrement prête à changer drastiquement de mode de vie à long terme. Je m’interroge seulement sur ce qui nous lie encore en tant que communauté, ce qui aujourd’hui transcende les murs de nos petites maisons closes dans un espace public dominé par le langage de la vente et de la consommation.

 

C’est qu’à travers ces deux mois et demi, j’aurai eu l’occasion d’entendre d’autres voix, de me confronter à d’autres communautés, d’autres traditions. Si on prend le temps d’écouter un peu, on réalise que les gens, éduqués ou pas, ont leur intelligence propre, une pensée claire et nuancée par rapport au monde qui les entoure. Je dois le dire, j’en ai été surprise, très surprise. Bien sûr, j’ai choisi d’entendre certaines personnes plutôt que d’autres, mais malgré tout, la profondeur et la lucidité des gens que j’ai rencontrés m’étonnent toujours.

 

J’imagine que c’est ce qui m’a fait réagir en arrivant ici. À voir comment les messages publicitaires nous prennent pour une gang de débiles, ça m’attriste. Ça m’attriste parce que cette voix prend énormément de place et laisse peu d’espace à la parole, aux individus, à une communauté qui pourrait s’allier selon d’autres dogmes que le pouvoir d’achat qui les unit ; une communauté qui, contrairement au monde de la vente et de la consommation, ferait preuve d’empathie.

 

Assise devant ma télé afin de me reposer un peu, entre une annonce de shampoing aphrodisiaque et une autre d’automobile révolutionnaire, je pense à l’occasion qui me fera sortir de ma tanière et combattre le grand froid d’hiver. Je cherche de nouveaux prétextes pour créer des rencontres, liens ténus de ma communauté, pour rétablir ce que je me suis bâti, à travers mon beau périple, de foi en l’être humain.

 

Consulter la page de la Course

Consulter la page de Geneviève

 

Mots-clefs : , ,

4 commentaires