Archive pour le mot-clef ‘Gabriel’

Les tuiles

 

 

 

 

 

Dans un pays où les céramiques ornent la moitié des murs, j’imagine qu’il fallait s’attendre à frapper quelques tuiles cette semaine ! Je ne pensais toutefois pas que nos derniers jours seraient aussi difficiles…

 J’étais pourtant heureux d’aller au Maroc ! J’y avais mis les pieds il y a sept ans. Je connaissais l’ambiance, les odeurs, l’architecture. J’avais même déjà cumulé une courte expérience de négociation ! Je savais en plus qu’il serait assez facile de parler français et anglais, ce qui, j’espérais, faciliterait notre travail.

 

Malheureusement, j’ai réalisé une fois de plus qu’il existe parfois une grande différence entre le fait de voyager et celui de tourner un film. Le contexte sociopolitique n’aidait sans doute pas. La liberté de parole est encore très fragile au Maroc et plusieurs des personnes que nous approchions n’assumaient leurs propos qu’en l’absence de caméra. Eliot et moi avons vite cessé de compter le nombre de rendez-vous manqués. Cela s’ajoute à une longue liste d’autres mésaventures qui ont fait de cette semaine la plus éprouvante que j’aie rencontrée depuis le début de cette Course.

 Dans les circonstances, je crois vraiment que le résultat de notre film est un petit miracle. Je crains néanmoins que les tuiles d’Essaouira aient définitivement signé la fin de ma Course. Nous en aurons la confirmation sous peu.

 

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L’Italie!

 

 

 

 

Quelle fut ma surprise de débarquer en Italie ! J’étais convaincu qu’on ne passerait par aucun des vieux pays d’Europe ! Ne croyez pas que j’en étais malheureux. Au contraire, j’étais agréablement déstabilisé ! Vous comprendrez simplement qu’il n’était pas une mince affaire que de savoir comment aborder un pays aussi riche en références. Mon petit coeur de cinéphile tremblait et jubilait à la fois.

 

Avec un peu de recul, je peux dire que la semaine s’est plutôt bien passée. Un contact italien s’étant gentiment proposé de nous dénicher les 4 millions de sujets potentiels de la ville de Vicence. C’est d’ailleurs de cette manière que nous avons fait la connaissance de Thierry, père du petit Angel qu’il adopta 10 ans plus tôt dans des conditions très particulières. Si le film en relate les faits saillants, il m’importe de dire qu’il fut extraordinairement déchirant de procéder à l’étape du montage cette semaine tellement le discours de cet homme était consistant et captivant. Voilà une histoire qui aurait définitivement tiré profit d’un format plus long.

 

En terminant, je tiens à prendre le temps de remercier et saluer tous ceux et celles qui m’écrivent et me suivent sur ces pages depuis quelques semaines. Votre support me touche et me motive énormément. Bien que le temps me manque pour vous répondre individuellement, soyez certains que je lis avec attention chacun des messages publiés. Un sincère merci à vous tous !

 

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Tous les chemins mènent à Rome

 

 

 

Cette semaine, avec Eliot, j’ai réalisé qu’il y avait eu de bons côtés à me faire passer pour un couple avec Ninon.

Eliot et moi roulions en direction de la gare de train quand nous réalisâmes que notre chauffeur de three-wheels avait modifié notre itinéraire sur sa propre initiative.

- « Good massage », nous dit-il, avant d’ajouter : « very very nice girls ».
- « No massage », rétorqua-t-on. « We’re rushed. We need to go downtown ».

Un court débat suffit à le convaincre de nous ramener dans la bonne direction. La surprise fut de nous retrouver stationnés devant une boutique de bijoux quelques minutes plus tard.

- « Why are we here ?», demanda-t-on.
- « Very very nice jewls inside », s’exclama le chauffeur.

Notre patience diminua.

- « We don’t care! We’re going downtown NOW ! You understand? »

Le mec finit par acquiescer. Il redémarra la voiturette avec l’air piteux de celui qui n’a pu collecter sa commission auprès de ses amis bijoutiers.

Nous approchions finalement de la gare quand un policier nous intercepta. Notre chauffeur venait de brûler un feu rouge. Nous attendîmes quelques minutes, le temps que la contravention soit donnée, pour ENFIN compléter notre dernière portion de route. Plus personne ne parlait. Nous étions impatients d’arriver. Alors que la gare se dessinait au loin, notre chauffeur ralentit sa cadence, longea le bord de la route et se tourna une dernière fois vers nous. Plutôt que de réclamer son argent, il nous regarda en demandant : « You want opium? Or maybe marijuana? »

Nous débarquâmes en vitesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tuk-tuk road trip

 

 

C’est avec l’idée de vivre un tuk-tuk road-trip que Ninon et moi sommes allés à la rencontre d’un chauffeur cette semaine. Notre seul critère étant qu’il soit capable de bafouiller quelques phrases en anglais : « Amène-nous là où tu veux pendant trois jours, lui avons-nous demandé. En autant que ce soit en dehors des circuits touristiques. Nous paierons toutes tes dépenses en plus de ton salaire ». Le gars d’une trentaine d’années téléphona à sa femme pour la prévenir. Moins d’une demi-heure plus tard, nous roulions en direction de son patelin d’enfance.

 

Il nous amena chez un ami à lui. Là-bas, deux couples et deux familles se partageaient de petits bâtiments en bois. Bien qu’elles comptaient de très modestes connections électriques, leurs habitations étaient toujours dépourvues d’eau courante. Au rez-de-chaussée, la cours en terre battue abritait plusieurs animaux. C’est aussi là qu’ils préparaient à manger. N’ayant ni poêle ni frigo, ils cuisaient tout, au jour le jour, sur leur feu de bois.

 

Heureux de la visite surprise que nous leur faisions, ils nous organisèrent un petit lit de camp, ouvrirent quelques bières et nous répétèrent en boucle tout ce qu’ils connaissaient du Canada. À moins de 200 mètres, dans un temple bouddhiste, les célébrations entourant la fête des morts battaient leur plein. De l’aube au coucher du soleil, les prières et la musique ne cessaient jamais. Qu’on le veuille ou non, c’est eux qui décidaient de notre heure de coucher et du moment où nous devions ouvrir les yeux le matin. Nous avons passé la plupart de notre temps là-bas à discuter avec les fidèles et à nous faire expliquer le sens des célébrations.

 

Voilà comment s’est passée cette quatrième semaine. Tout cela en nous préparant à notre premier divorce…

 

À suivre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Découvertes culinaires

 

 

Problème classique après 12 heures de transport : nos estomacs criaient famine à notre arrivée à Tokyo. Les poches gonflées de notre per idem de la semaine, Ninon et moi n’avions qu’une envie, courir vers le premier resto disponible. Nous aurions été capables de dépenser des millions tellement nos petites bouches d’ogres demandaient à être nourries. C’est comme ça que nous sommes atterris dans une jolie petite place du quartier de Shinjuku.

Là-bas, notre souper nous regardait. Dans l’aquarium exposé en vitrine, une dizaine de poissons attendaient d’être découpés en rondelles. Ils étaient d’ailleurs les seuls au menu, offerts dans tous les dérivés possibles. On commanda rapidement.

Alors qu’ils ne parlaient aucunement anglais, les employés japonais prirent rapidement plaisir à échanger quelques mimes avec nous. Parmi eux, deux cuisiniers jouaient les « Ricardo ». De leur comptoir, ils s’amusaient à nous présenter leur travail comme si nos yeux les filmaient pour un show télé.

Nos plats furent enfin servis. Jusque-là, rien à dire sinon que nous songions déjà à compléter notre maigre mais dispendieux repas par quelques friandises à récolter au dépanneur du coin. En même temps, la fatigue nous rattrapait. Nous avalâmes vite notre thé avant de saluer tout le monde et de repartir en direction de l’hôtel.

Ce n’est que le lendemain matin, alors que Ninon et moi complétions les recherches préparatoires de notre film, que nous réalisâmes le contenu exact de notre assiette de la veille. La tendre chaire blanche qui avait glissé sur nos papilles n’était nulle autre que celle du célèbre fugu (poisson mortel lorsque mal apprêté, aussi connu comme la roulette russe de la cuisine japonaise).

Un peu sous le choc, nous fûmes heureux de réaliser que notre heure n’était pas encore venue!

 

 

 

 

 

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La glace est brisée!

 

 

 

Nous n’aurons pas eu à attendre de mettre le pied à Tahiti pour nous voir servir le « package » polynésien. Un avion aux sièges turquoise, une musique de pâquerette, des agents de bord qui changent d’uniformes aux 2 heures, le tout agrémenté de la distribution de fleurs à l’oreille de tous les passagers. Difficile de ne pas virer un peu gaga, c’est du moins ce que l’on constatait en jetant un oeil en direction des hublots. De chaque côté de l’avion, les nouveaux mariés et les retraités se comptaient par dizaines. Visiblement, la recette fonctionne.

Débarquer dans un lieu reconnu comme étant paradisiaque impose forcément de grandes attentes. Ninon et moi étions heureux de découvrir ce paradis en dehors des grands hôtels.  Dans notre cabane de bois isolée de presque tout, nous vivions le stress du premier film en silence. Les coqs sauvages étaient nos réveille-matins, et le coucher du soleil, notre marchand de sable. Dans un pays qui fait la vie dure aux « backpakers », nous dégustions notre privilège d’indépendance.

Il nous fallut beaucoup de temps avant de nous arrêter sur un sujet de film. Nous faisions de l’auto-stop dans l’espoir d’être embarqués par le père Noël des idées de court métrages. Comme ce dernier était en vacances, il devint nécessaire de chercher ailleurs. On se rappela alors les bons conseils de Masbourian : les meilleurs sujets vous pendent au nez. On retourna au quai, là où on était débarqué trois jours plus tôt. Eva nous attendait, prête à nous présenter toutes ses copines transsexuelles.

 

 

 

 

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Check!

 

 

Mon « backpack » a souri ce matin en sortant du placard. La sieste avait été trop longue. De tous les objets qui peuplaient ma garde-robe, il était de ceux sur qui je ne posais que trop peu souvent la main. J’imagine qu’il doit être vexant pour un sac de voyage de se voir moins utilisé qu’une paire de bobette. Ça devait expliquer le sourire.

J’ai étendu tout mon stock sur le sol, et le jeu a commencé. Quelques sacres, deux trois sourires, visiblement, le « backpack-Tetris » provoque les mêmes réactions que sur l’ordinateur. Il n’y a juste pas de musique cheap pour accompagner les émotions.

Remplir mon sac, c’était la récompense que j’espérais depuis des mois. Je crois que je n’avais jamais ressenti autant de plaisir à faire des boules avec mes paires de bas. Mais était-ce vraiment du plaisir ou plutôt le début de la folie? Après tout, je venais tout juste de suspendre mes études et de démissionner de mon emploi pour vendre mon âme à une chaîne télé. Folie et exaltation : décidément, le défi Évasion remplace bien des drogues.

La préparation allait plutôt bien. Je m’offrais des séances de courts-métrages un peu partout sur le Web, mes lectures se multipliaient, puis je profitais de mes temps libres pour payer en avance mes factures de l’automne et faire un dernier petit tour dans mon patelin natal.

J’avais presque épuisé ma to do list. Je pourrais bientôt crier le dernier « check ». Il ne me restait plus qu’à me rendre une dernière fois sur mon ordinateur. Avec l’excitation d’un phoque dans une usine de sardines, j’enregistrai, sourire aux lèvres, mon message d’absence en prenant bien soin de préciser : « date de retour inconnue ».

CHECK!

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