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La nuit

 

 

 

 

 

 

J’ai décidé cette semaine de sortir à l’heure où les amateurs de nature ou de forfaits tout inclus se reposaient. J’ai troqué le jour contre la nuit en séjournant dans un hôtel fréquenté par des prostituées et des Américains de plus de 50 ans en mal d’amour exotique. Ce que j’ai vu du Costa Rica ne se résume finalement qu’à ma fréquentation d’un bordel.

 

On m’a prise pour une cliente, on m’a prise pour une des leurs. J’ai intégré abruptement l’hôtel-casino-bar Del Rey comme une star dont on souffle le nom sans oser croiser son regard. « Who are you? » J’avais beau me caler dans une chaise du bar et enfiler les bières, la petite blonde habillée comme un garçon a eu du mal à passer inaperçue.

 

Je recherchais plus qu’une heure, je cherchais aussi à sortir d’ici. J’aurais voulu passer quelques jours avec une prostituée du Del Rey, puis, au dehors du Del Rey, créer un dialogue entre deux filles du même âge qui essaieraient d’aller plus loin que leurs costumes.

 

J’ai été naïve, tellement naïve. Une discussion pleine de bonne volonté n’est pas suffisante ici pour qu’une fille accepte de faire le pont entre son jour et sa nuit.

 

Après avoir passé le dimanche à attendre deux appels qui ne sont jamais venus, je me suis tout à coup demandé qu’est-ce que j’étais venue faire ici.

 

Je crois au fond que j’avais peur. Pas peur d’être là, pas peur du monde aride de la prostitution. J’avais surtout peur de l’oubli, de finir ma Course tranquillement en effaçant mes souvenirs du monde avec le temps qui passe. J’avais peur de perdre de vue cette altérité, celle qui ébranle les murs solides et étanches de notre maison.

 

Notre jour, leur nuit.

 

Je suis allée au Del Rey afin de m’écorcher juste assez pour y laisser une petite cicatrice indélébile, ma douce mémoire du bout du monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Un peu de tranquillité

 

 

 

 

 

J’avais comme une grande envie de simplicité. Une grande envie de terminer sur une note positive. Quand j’ai vu cette petite île sur la carte, au large de Puntarenas, j’ai eu cette impression que j’y trouverais ce que je cherchais. Et il y avait un bateau qui partait dans deux heures. Je vous ai déjà parlé des petites antennes qu’on s’aiguise tout au long de la Course. Et bien je ne me suis pas trompée.

 

Un autobus scolaire attendait les passagers sur l’autre rive pour les déposer là où ils allaient. Moi, j’allais à la Amistad, une auberge créée par une coopérative de femmes. Au bout d’un sentier qui s’enfonçait dans la jungle, je l’ai trouvée.

 

J’ai passé trois nuits dans une belle petite cabane, loin de tout, à manger les bons petits plats que ces adorables femmes me préparaient. J’ai fait de la moto avec mon guide sur les petites routes de terre qui sillonaient l’île. C’est drôle, nous ici, sur nos îles, les routes font le tour, près de l’eau. Sur l’île de Chira, les routes s’arrêtent où l’eau commence. On peut presque oublier qu’on est entouré d’eau tant les routes sont enfoncées dans les terres. Je suis allée à la pêche, sous un soleil brûlant, sans chapeau et en camisole. Les hommes, dans leurs chaloupes, emmitouflés pour se protéger du soleil, me regardaient en semblant se marrer de cette petite gringa qui allait cramer en trois minutes. Mais j’ai de la bonne crème solaire. Et un orgueil qui peut en prendre.

 

Et j’ai pu raconter ma belle histoire. C’est plus difficile qu’on croit de raconter le beau. Une histoire dramatique, choquante; elle se raconte presque toute seule. Mais le merveilleux, surtout lorsqu’il est ordinairement magnifique, il faut lui donner un petit coup de pouce. Moi-même, dans toute cette Course, je me suis laissée prendre au jeu. Mais je me serais en quelque sorte trahie si je n’avais pas au moins fait cet effort ultime. Parce que je crois que, malgré tout le laid, le décevant et le vide, il y a toute cette splendeur et cet émerveillement continuel qui réside le plus souvent dans le simple. Cette essence-là, elle est universelle. Et elle est inépuisable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Amen

 

 

 

 

 

C’est en regardant la carte de l’Équateur que j’ai trouvé où j’allais me perdre, cette fois-ci. Shell. Oui, oui, comme la compagnie pétrolière. C’est d’ailleurs elle qui l’a créée dans les années 30 pour ses employés qui cherchaient du pétrole. Puis, elle l’a vendue quelque 10 ans plus tard, après avoir dépensé 100 millions de dollars dans la région, sans succès. L’ironie de l’histoire, c’est que l’acheteur a simplement creusé plus profond et a trouvé du pétrole, lui. Mais ce n’est pas de ça que parle mon film.

 

Donc, je suis arrivée à Shell à cause du nom, parce que c’est en Amazonie et que tant qu’à être dans le coin, mieux vaut faire le détour, mais surtout parce que cette ville est l’amalgame de trois choses sans lesquelles, à mon avis, le monde se porterait mieux : le pétrole, le militaire et la religion excessive.

 

Après 4 h 30 d’autobus à partir de Quito, je suis arrivée de nuit avec tout mon matériel sur le dos. Dans ces moments-là, on n’est pas difficile. On va vers la pancarte marquée « Hotel » la plus proche, soit, dans ce cas précis, juste l’autre côté de la rue. Et en face de la base militaire. Ça tombe bien. Demander une autorisation pour filmer dans une base, c’est pas facile. Je vous laisse m’imaginer demander une autorisation pour filmer dans une base, en espagnol. C’est dans ces moments-là que c’est chouette d’être une fille. Mettons que ça aide. Le colonel, il ne se sentait pas trop trop menacé par ma présence. Autorisation obtenue. Mais ce n’est pas de ça que parle mon film.

 

Je vous laisse donc le grand plaisir de déduire de quoi il s’agira. Dieu que ça a été une semaine où j’ai été confrontée, mais comme je les aime. Shell, c’est vraiment pas un endroit comme les autres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le jury est unanime

 

Non seulement le jury  a attribué au film le meilleur score depuis le début de la Course, mais cela s’est fait avec une nette unanimité, les trois juges ayant accordé un score quasi identique.
 Restrepo raconte la quête de vérité d’une famille dont deux enfants (des adolescents) ont été exécutés par les forces du régime dictatorial équatorial il y a plus de 20 ans.
 Une plongée dans ce passé trouble des années de dictature en Amérique centrale et latine.
 Une famille qui refuse d’oublier,
 tout un village qui se souvient…
 Un véritable travail de journaliste qu’a mené Geneviève. Une histoire touchante, politique et triste. 
Le jury ne s’y est pas trompé…

 

 

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On the road again

 

 

 

 

 

 

L’Équateur, Quito et ses montagnes ennuagées.

Un sentiment d’immensité.

Moi, pas capable de dormir, et ce mal de tête.

Je pars pour Quevedo, c’est décidé.

Sept heures de bus avec de la musique latino hyper quétaine dans les oreilles, parce que le haut-parleur est au-dessus de moi.

Et moi qui angoisse.

Je suis mon instinct, mais je stresse un peu pareil.

Pas sûr de trouver un film à Quevedo ou Mocache.

En plus, je suis crevé.

Tous les sons environnants me crispent un peu plus.

À Quevedo le samedi soir quand on y arrive à minuit, Francis, le caméraman, et moi, on se trouve un taxi direct pour l’Hôtel Jonathan.

Parce qu’on s’est fait dire de pas traîner dans les rues, le soir. Encore moins avec des cameras et tout et tout.

À 6 h, le lendemain, je sors faire mon jogging.

Un jogging de cowboy, pas un touriste dans la ville, juste moi, qui se fait lancer des gringos… au passage.

Drôle de sentiment.

J’évite de courir dans les rues où y’a trop de chiens. On sait jamais avec les chiens, on peut pas leur faire confiance.

Je me trouve un fixeur, un gars qui va m’aider, Carlos, qui vit à mi-temps entre ici et New York. Surement une des cinq personnes qui parlent anglais dans cette ville. Je l’engage et une heure plus tard, à bord de son pick up avec son ami Marcos, on est en route pour Mocache.

Entre-temps, j’ai rencontré le ministre des Communications de l’Équateur, mais ça, c’est une autre histoire…

En route vers Mocache, Carlos nous demande : « Do you want some pussy? Only six dollars. »

Je ne viens pas faire du tourisme sexuel, désolé.

On arrive au ranch où Guamàn travaille. On se présente. On se parle un peu grâce à Carlos, qui traduit.

Carlos me dit : « You want to film? Go film ! »

Ça se fait pas de même un film câlice, Carlos. Tranquillo, tranquillo.

J’vas pas filmer Guamàn comme ça, j’veux y parler un peu, avant. Y’a des choses qui demandent des préliminaires, tu sais…

Bref, à ma question : « Que fais-tu après le travail ? », Guamàn rit haut et fort. Carlos se retourne vers moi en disant : « You understand? »

Je ris avec eux; ok, j’ai compris : il fourre sa femme et ça, c’est pas de mes affaires. Guamàn est un vrai cowboy et je n’aurai pas d’entrevues concluantes avec lui, c’est sûr.

Sinon, le tournage de deux jours autour de Quevedo et Mocache se passe bien. J’engage même deux musiciens qui viennent jouer dans ma chambre pour 40 dollars.

La soirée de ma deuxième journée à Quevedo, après avoir payé mon guide et fixeur, je suis seul.

Seul dans une ville qui n’a pas vu de foreigners depuis un bail.

On me dit de faire attention, encore et encore. Ça devient aliénant. Je mange une soupe de poisson au bord de la rue de mon hôtel. Le gars fait jouer du Jackson, du Iglesias et du dance cheap dans ses hauts-parleurs à l’aide de son cellulaire.

Ses deux fils de huit ans me regardent avec amusement, comme si j’étais un extra-terrestre.

C’est vrai que je suis le seul blond à des kilomètres à la ronde, du moins, le seul vrai blond.

Je retourne à Quevedo le lendemain. J’adapte la nouvelle de Kashinsky et je rencontre un nouvel ami, Manuel.

C’est l’ami que je pourrais avoir à Montréal. Un mix entre Félix et Guillaume, mais qui viendrait de Westmount.

Mais pas prétentieux pour une cenne. Un hostie de bon gars, comme dirait Eliot.

On connecte artistiquement et la narration va de soi. Je pourrais le diriger par télépathie tellement on recherche la même chose, c’est weird.

Faudra qu’un jour je rencontre une fille comme lui, wow!

Peut-être qu’elle est déjà à Montréal présentement, qui sait.

Bref, un sprint de fin de film et me voilà libre. Film remis, je suis fin prêt à trinquer à la Vian et Hemingway.

Une autre aventure du bout du monde de blouclée, un autre souvenir de vie emmagasiné. Et merde. C’est reparti.

 

Hervé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le goût de la liberté

 

Deux secousses… La chambre qui vacille. Les fenêtres des immeubles en face qu’on voit trembler. Nous étions bien prévenus, en Équateur, la terre a la fâcheuse habitude de trembler souvent. Les bâtiments doivent donc répondre à des normes antisismiques.

 

Après avoir été confinés dans l’espace réduit de Gibraltar, les concurrents semblent retrouver le goût de l’évasion. Ils ont repris leurs sacs à dos et sont repartis aux quatre coins du pays.

 

 

 

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I love Gibraltar

 

 

 

 

 

Chers amis,

 

Gibraltar, c’est bien petit. J’ai tout de même vu plein de belles choses ici : des lieux historiques, des singes en haut de la montagne, des rues bourrées de touristes… Beaucoup de Guiness et de Fish & Chips. Bien honnêtement, je m’y suis assez ennuyée. Du moins, la première journée. C’était avant de rencontrer Monica et que nous nous mettions à faire un petit film ensemble, à la sueur de notre front, à courir aux quatre coins de cette ville « pays » afin d’y mettre un peu de fantaisie…

 

J’ai hâte de vous revoir.

 

Amicalement,

 

Geneviève

 

 

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Les courbes sensuelles de l’Atlas

 

 

 

 

 

 

 

L’Atlas, cette chaîne de montagnes qui traverse le Maroc.

Je la franchis. Je déambule dans ses lacets étroits, y dépasse des voitures sur les bouts droits.

 

Au milieu de la route, sur le côté, une voiture a capoté.

 

Les quatre pneus dans les airs.

 

Au moins, elle n’est pas dans le ravin.

 

Après sept à huit heures de route, nous arrivons à Ouarzazate.

 

Un petit tajine d’agneau aux abricots dans un bistro et hop, nous rencontrons déjà deux personnes qui peuvent nous aider.

 

James et Thierry, deux Français qui habitent Ouarzazate depuis deux ans pour l’un, six mois pour l’autre, nous font un petit résumé de ce qu’il pourrait y avoir d’intéressant pour notre film dans cette ville.

 

Ils nous mettent en contact avec Naceur Oujri, un figurant qui a travaillé sur de nombreux tournages. Il tient un premier rôle parlant dans Lawrence d’Arabie… Il a même été assistant de Pasolini.

 

C’est parti pour un autre film du bout du monde.

 

Dans notre chambre minuscule de l’hôtel Royal, au moins il y a un balcon. Quand la porte y est ouverte, quand l’air y entre, mêlé au son cacophonique de la ville, je sais pas pourquoi, je me sens comme dans l’appartement de Meursault, ce personnage du roman L’étranger, de Camus.

 

La maghrébitude m’emporte; j’y comprends au fond toutes ces différences. Et j’aime ça.

 

Pendant que Ninon entame le montage du film, je vais tourner avec Hakim et Guillaume dans la forteresse de Jérusalem en périphérie de la ville, à une demi-heure de route.

 

Cet endroit est grandiose. Perdue dans un début de désert quelconque, cette forteresse recrée à merveille les bâtiments qu’on aurait pu s’imaginer à cette époque.

 

D’être là dans cet endroit sans touriste, car le touriste ne voit pas ce Jérusalem, c’est merveilleux. Nous y sommes grâce à Hakim, qui est ami avec le gardien de sécurité.

 

Je me sens privilégié. En plus, on enregistre de la très belle musique.

 

On s’est fait plusieurs bons amis au final. Une chance que James était là. Bon dieu, inch allah, les copains du bout du monde.

 

Et le Maroc, c’est déjà fini. Et cette élimination imminente qui nous guette. Et quatre de nos frères et soeurs qui nous quittent. Puis, cinq au final. Je reste, nous gagnons la première place. Ninon et moi, nous sommes contents.

 

Même si les nuits sont sombres, même si l’isolement est bien présent, je ne suis pas seul.

 

Car Knowles est là, Knowles est là. Ne t’en fais pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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De l’Atlas à Mme Bourette

 

 

 

 

 

Semaine mémorable ou comment faire un film sur le fait que notre épopée soit plus qu’absurde et loufoque…

 

Une virée au paradis du trekking (vite, sauvons-nous), la traversée des monts Atlas avec un chauffeur de taxi aux goûts musicaux discutables, la rencontre d’un Marocain plus Queb que Marjo (ou presque), un pays d’hommes qui nous observent avec un air surpris (limite troublé) et surtout, des gags de Mme Bourette qui n’en finissent plus de finir!

 

Parce qu’au Maroc, tout était un peu compliqué et un peu weird, mais bonyenne qu’on a ri! Rendu là, c’est tout ce qui comptait!

 

Finale à rebondissements multiples et départ vers d’autres contrées, sans responsabilités, mais aussi sans les beaux amis…

 

Disons que la transparence de ma photo de Course me guette dangereusement, mais je vous embrasse tous autant que vous êtes (pas sur la bouche, j’ai la grippe) et vous dis au levoil!

 

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Le match s’est joué serré

Je l’avais pressenti, le jury allait adorer le film de Ninon et Hervé. Ce fut le cas. Un score record depuis le début de cette course. Si Hervé semblait relax, pour Ninon, il a fallu attendre le dévoilement du pointage final pour la voir respirer de nouveau.

 

Mais le match s’est joué ailleurs. Entre deux ex-partenaires durant la première phase de la Course.

 

Eliot et Geneviève ont fini par développer une relation fraternelle. Même après qu’on eut défait leur duo, ils ont continué à se parler régulièrement. Et aujourd’hui, un demi-point les sépare. C’est Geneviève qui occupera la quatrième et dernière place qualificative et Eliot pourra toujours se dire que son retard la veille dans la remise de son film lui a valu une sanction d’un point. Le point qui lui aurait suffi pour se qualifier.

 

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